Raimbaut d'Orange

Les chansons

XVII Assatz m'es bel

Tradition manuscrite & éditions

Manuscrits

C : MG, 354 D : Est, 90. I : — K : — Mo : MG, 326. Nc : Archiv, CII, 179. R : -

Éditions & études

Choix, V, 411 MW, I, 79. A. Kolsen, Dichtungen, I, 66 id. , Trobador Gedichte, 57. Rvo, 24. RO, 121. PAT, 165.

3. Études, commentaires...

Ch. Roth, 459 et 460.

Assatz m’es bel

que de novel

fassa parer

de mon saber

tot plan als prims sobresabens,

que van comdan

qu’ab sen d’enfan

dic e fatz mos captenemens.

E sec mon cor

e mostri for

tot aisso don ilh m’es cossens.

Il m’est fort agréable qu’à nouveau je fasse montre — tout clairement — de ma sagesse aux subtils [qui sont] plus que savants et qui vont racontant que je parle et agis avec sens d’enfant. Et cependant, je suis mon coeur et montre au dehors tout ce dont elle m’est consentante (= tout ce qu’elle me permet de dire).

Qui qu’en favelh,

lo m’es pro belh,

de mon saber:

qu’en sai mielhs ver

(sitot no suy mout conoyssens)

que·l trop parlan

que van comdan:

“Folh es — non es — si es sos sens”.

Qu’ar tost salh for

ab belh demor,

gen, motz leugiers, cortes talens.

Quelle que soit la personne qui en parle, de ma sagesse, cela me convient assez, car même si je ne suis pas bien savant, j’en sais beaucoup mieux la vérité que ceux qui parlent trop et qui vont disant: “Il est fou — Non, il ne l’est pas — Ainsi est son esprit”. Car maintenant jaillit aussitôt hors [de moi] avec bel agrément et gracieusement, un texte léger, un désir courtois.

Ab sen novelh,

dic e favelh

mon saber ver

e·l fas parer

lay on tanh que sia parvens.

Que son enfan,

li mielhs parlan,

vas me, e sai qui·m n’es guirens,

ab que·m demor

gen dins mon cor,

si que·l dir no·m passa las dens.

Avec sens nouveau, je dis et chante ma vraie sagesse et la fais apparaître là où il convient qu’elle soit apparente. Car ce sont des enfants, les meilleurs parleurs, comparés à moi, et je sais qui m’en est garant, en cette matière, pourvu que cela me demeure bien dans le coeur, de telle sorte que le ‘dire’ ne me passe pas à travers les dents.

Don d’amar dic:

qu’am si ses tric

lieys qu’amar deg,

que·ls miels adreg

Donc, je parle d’amour: car j’aime tellement sans tromperies celle que je dois aimer que les plus adroits — s’ils étaient

- s’eron cert cum l’am finamens -

m’irion sai

preguar hueymai

que·ls essenhes cum aprendens

de ben amar.

E neus preguar

m’en venrion dompnas cinc sens!

certains [de savoir] comme je l’aime noblement — viendraient ici me prier désormais que je leur enseigne, comme à des étudiants, à bien aimer. Et même cinq cents dames viendraient m’en prier!

Ben ai cor ric

plus qu’ieu non dic,

e tan adreg

que ducx ni reg

no prez, si no·m prez’eissamens.

A cuy no·m play,

ieu suy de say.

Et amarai mos bevolens.

No vuelh preguar,

que miels m’er car

q’om mi prec, qu’ieu prec manhtas gens.

J’ai bien un coeur noble, plus que je ne le dis et si droit que je ne prise ni duc ni roi s’il ne m’estime de la même manière. A celui qui ne me plaît pas, je suis deçà (= quant à celui qui ne me plaît pas, j’en reste à distance). Et j’aimerai mes bienveillants (= mes amis). Je ne veux pas quémander, car plus m’est cher que l’on me prie, plutôt que je ne prie maintes gens.

L’enojos tric

sian del ric

sobeiran reg

maudig, e deg

dels janglos parliers maldizens!

Gic m’en hueymai

que·l dir no·m plai,

tan m’es lur mentaures cozens,

que s’il tug car

meron, amar

no·ls poiria, que·l cor m’en vens!

Que la tromperie ennuyeuse et les vices des parleurs médisants soient maudits par le puissant et haut placé roi! J’abandonne désormais [ce sujet], car en parler ne me plaît pas, tant les mentionner m’est désagréable, puisque, même si tous cherchent vengeance, je ne pourrais les aimer car mon coeur me vainc en cela (= m’en empêche)!

Pauc sap d’amar

qui tem preguar

Deu qu’el maldia los manens!

Il ne connaît pas grand-chose à propos de l’amour, celui qui craint de prier Dieu qu’Il maudisse les possédants!

E·t voill preguar,

vers ab diz car,

que lai en Urgel te prezens,

Et je veux te prier, vers aux mots recherchés, que là à Urgel tu te présentes,

ab talen car

si·m fai amar.

E·l bon esper, qu’eu n’ai guirens!

et fais que l’on m’aime avec désir recherché. Et j’espère le bien, car j’en ai la garantie!