Raimbaut d'Orange

Les chansons

XVI Pos trobars plans

Tradition manuscrite & éditions

Manuscrits

a : RLR, XLV, 211 + BA, 74.

Éditions & études

C. Appel, RLR, XL, 414. RO, 118. A. Press, Anthology, 118.

3. Etudes et commentaires...

P. Dronke, 101. PAT, 172-3;

Pos trobars plans

es volgutz tan,

fort m’er greu s’i non son sobrans.

Car ben pareis

qi tals motz fai

c’anc mais non foron dig cantan,

qe cels c’om tot jorm ditz e brai

sapcha, si·s vol, autra vez dir.

Puisque le trobar plan est tant désiré, ce me sera fort désagréable si je ne m’y montre pas supérieur. Car il paraît juste que celui qui fait de tels textes qui jamais encore ne furent mis en musique, soit capable — s’il le veut, en une autre occasion — de dire ces mots que l’on prononce et crie chaque jour.

Mos ditz es sans,

don gap ses dan.

Per tal Joi soi coindes e vans,

qe mais val neis

desirs q’ieu n’ai

d’una qe anc no·m ac semblan

(pels sainz c’om qer en Verzelai

d’autre Joi c’om puesca jauzir!

Mon discours est honnête, ce dont je me vante sans dommage. Je suis agréable et léger à cause d’un tel Joy que même le désir que j’en ai, d’une Dame qui jamais encore ne me fit [beau] semblant, (par les saints que l’on cherche en Vézelay), me vaut plus qu’autre Joy dont on puisse jouir.

Son ben aurans!

C’ar, per talan

solamen, so francs et humans,

de dir ves leis

ben, ni·m fas gai.

Qe·m val si per lieis trag mal gran ?

Si lo mal q’en trac no sap lai,

mi eis voil d’aitan escarnir.

Je suis bien fou! Car maintenant, uniquement à cause du désir, je suis sincère et aimable, et par le fait de dire du bien d’elle, je deviens gai. Qu’est-ce que cela me vaut, si pour elle je souffre grand mal? Si elle ne comprend pas, là, le mal que j’en souffre, je veux me moquer de moi-même d’autant.

Ben so trafans

q’eu eis m’engan,

car dic aiso tan qe vilans!

-Cals pros me creis

si eu mal trai

per leis, s’il no sapia l’afan ?

- No m’es doncs pros e be no·m vai

si·m pens qe tan ric Joi desir?

Je suis bien perfide, car je me trahis moi-même, puisque je dis cela tel un vilain! — Quel profit en croît-il pour moi, si je souffre à cause d’elle et si elle ne connaît pas mon tourment ? — Ne m’est-ce donc pas un avantage et un bien, si je pense que je désire un Joy si remarquable?

Mos volers cans

qe·m sal denan

me fai creire qe futz es pans.

Tant aut mespreis

mon cor, car sai

q’enfol. M’aurei donc faz l’efan ?

- Tot voll can vei. — Respeit segrai.

— Respeitz loncs fai omen perir !

Mon désir cans (?) qui s’échappe de moi me fait croire que bois est pain. Je me méprise si hautement car je sais que je deviens fou. Aurai-je donc fait l’enfant? — Je veux tout ce que je vois. — Je (continuerai à) chercher espoir. — Long espoir (=attente) fait homme périr !

Sains Julians!

Con vauc torban!

Soi serrazis o crestians ?

Qals es ma leis ?

Non sai. Qe jai

me posca de so qe·il deman

et atrestan tost Dieus si·l plai

co fes vin d’aiga devenir.

Saint Julien! Comme je vais troublé! Suis-je sarrasin ou chrétien ? Quelle est ma foi ? Je ne le sais. Que je devienne gai par ce que je demande d’elle et, si cela lui plaît, aussi vite que Dieu changea l’eau en vin.

Pauc soi certans

(ves qe·us reblan,

Domna!) De vos so molt londans!

Anc no·m destreis

Amors tan mai.

Per q’ieu non creiria d’un an

c’aissi·us ames per negun plai,

si bes no m’en degues venir.

Je ne suis que peu sûr de moi (voyez comme je vous fait la cour, Dame!) Je suis fort loin de vous! Jamais encore Amor ne me tourmenta autant! C’est pourquoi je n’aurais pas cru en un an que j’eusse pu vous aimer ainsi, inconditionnellement, [même] si un bien ne m’eût dû en venir!

Astrius e ma chanso vos man,

qe dos sautz si rics ar essai;

lo ters aut on plus pot om dir.

Je vous envoie Astrius, car maintenant j’essaie deux sauts si remarquables; le troisième est aussi haut qu’on puisse dire.