Chanson XXVII
Non chant per auzel ni per flor
pp. 293–295
CHANSON XXVII : REMARQUES
v.23
Là où Pattison choisit, contrairement à Kolsen et à Martín de Riquer la leçon du ms. a (pez, au lieu de pretz, ms. A),1 Charles Roth préfère garder pretz, argumentant que la tendance du ms. a est de remplacer -tz final par -s et non le contraire, et que, pour le sens, pretz s’accorde fort bien avec valetz du v.21.2 On remarquera qu’il ne s’agit pas ici de remplacer -s par -tza, mais uniquement -s par -z (pez/pe(n)s), ce qui n’est tout de même pas pareil. D’autre part, nous ne voyons pas en quoi pretz et valetz s’accorderaient “pour le sens”: pretz/pez se rapportent au poète, tandis que valetz se rapporte à la Dame!
v.37
Comme le remarque Charles Roth, la forme presetz peut en effet être interprétée tant comme un parfait de prezar que de prendre.3 Reste que si l’ambiguïté demeure, il est un fait que si l’on opte pour une forme de prendre, on obtient en conjonction avec presen, une belle replicatio.
CHANSON XXVII: TEXTE ET TRADUCTION
Je ne chante pas ni pour oiseau ni pour fleur ni pour neige ni pour gelée ni même pour froid ni chaleur, ni pour le reverdir des prés. Ni pour nulle autre allégresse je chante ni ne fus chanteur, si ce n’est pour Midonz vers qui je dirige mes pensées, car elle est du monde la plus belle.
Maintenant je me suis séparé de la pire qui jamais fut vue ou trouvée et j’aime du monde la plus belle Dame et la plus prisée. Et je le ferai de mon vivant. Et d’une autre je ne suis pas [[hand: “pas” inserted with caret]] l’amant car je crois qu’elle a bonne inclinaison envers moi, à ce qu’il me semble.
Dame, j’aurai bien un grand honneur si jamais par vous m’est décerné l’honneur que, sous couverture, je vous tienne nue, embrassée! Car vous valez les cent meilleures! Et je ne suis pas un de ceux qui exagèrent. Rien qu’à y penser, j’en ai le coeur joyeux, plus que si j’étais empereur!
De Midonz je fais [mon] seigneur et maître, quelle que soit la destinée. Puisque je bus de l’amour (= de la potion d’...), certes (toujours ?) je dois vous aimer en secret. Tristan, quand la belle et noble Yseut la lui donna, ne put faire autrement. Et moi j’aime Midonz, dont je ne peux me détacher, de la même manière.
J’aurai grande valeur par dessus tous, si une telle chemise m’est donnée comme Yseut donna à son amant, et qui n’avait jamais été portée auparavant. Tristan! Vous prisiez beaucoup le noble présent: je suis à la recherche d’un pareil Si celle que je requiers d’amour me le donne, je ne vous en porte pas envie, beau frère.
Voyez Dame, comme Dieu aide dame qui se plaît à aimer. Car Yseut était en grande peur, puis elle fut rapidement secourue: car elle fit croire à son mari que jamais encore homme qui naquit de mère ne l’avait touchée. — Vous pouvez sur le champ faire de même!
Carestia, apporte-moi joie de cet endroit où est Midonz qui me tient joyeux, plus que je ne puis le dire.