XXVII Non chant per auzel ni per flor
Tradition manuscrite & éditions
Manuscrits
A : Studj, III, 102 et Archiv, LI, 137. α : RLR, XLV, 146 + BA, 72.
Éditions & études
Choix, V, 410. MJ, I, 83. A. Kolsen, Trobadorgedichte, 57 M. de Riquer, Lirica, I, 140 RO, 161. A. Press, Anthology, 112
3. Etudes et commentaires...
A. C. Pillet, ZRPh, XLIX, 366 A. L. Schwarzschild, Med. Aev., XXII, 127 Ch. Roth, 460.
Non chant per auzel ni per flor
ni per neu ni per gelada
ni neis per freich ni per calor
ni per reverdir de prada
ni per nuill autr’esbaudimen
non chan ni non fui chantaire,
mas per Midonz en cui m’enten,
car es del mon la bellaire.
Je ne chante pas ni pour oiseau ni pour fleur ni pour neige ni pour gelée ni même pour froid ni chaleur, ni pour le reverdir des prés. Ni pour nulle autre allégresse je chante ni ne fus chanteur, si ce n’est pour Midonz vers qui je dirige mes pensées, car elle est du monde la plus belle.
Ar sui partitz de la pejor
c’anc fos vista ni trobada,
et am del mon la bellazor
Dompna, e la plus prezada.
E farai ho al mieu viven.
Que d’alres non sui amaire,
car ieu cre qu’ill a bon talen
ves mi, segon mon vejaire.
Maintenant je me suis séparé de la pire qui jamais fut vue ou trouvée et j’aime du monde la plus belle Dame et la plus prisée. Et je le ferai de mon vivant. Et d’une autre je ne suis pas “pas” inserted with caret l’amant car je crois qu’elle a bonne inclinaison envers moi, à ce qu’il me semble.
Ben aurai, dompna, grand honor
si ja de vos m’es jutgada
honranssa que sotz cobertor
vos tenga nud’embrassada.
Car vos valetz las meillors cen!
Q’ieu non sui sobregabaire.
plus que s’era emperaire!
Dame, j’aurai bien un grand honneur si jamais par vous m’est décerné l’honneur que, sous couverture, je vous tienne nue, embrassée! Car vous valez les cent meilleures! Et je ne suis pas un de ceux qui exagèrent. Rien qu’à y penser, j’en ai le coeur joyeux, plus que si j’étais empereur!
De Midonz faz dompn’e seignor,
cals que sia·il destinada.
Car ieu begui de la amor
ja·us dei amar a celada.
Tristan, qan la·il det Yseus gen
e bela, no·n saup als faire.
Et ieu am per aital coven
Midonz, don no·m posc estraire.
De Midonz je fais [mon] seigneur et maître, quelle que soit la destinée. Puisque je bus de l’amour (= de la potion d’...), certes (toujours ?) je dois vous aimer en secret. Tristan, quand la belle et noble Yseut la lui donna, ne put faire autrement. Et moi j’aime Midonz, dont je ne peux me détacher, de la même manière.
Sobre totz aurai gran valor
s’aitals camisa m’es dada
cum Iseus det a l’amador,
que mais non era portada.
Tristan! Mout presetz gent presen:
d’aital sui eu enquistaire!
Si·l me dona cill cui m’enten,
no·us port enveja, bels fraire.
J’aurai grande valeur par dessus tous, si une telle chemise m’est donnée comme Yseut donna à son amant, et qui n’avait jamais été portée auparavant. Tristan! Vous prisiez beaucoup le noble présent: je suis à la recherche d’un pareil Si celle que je requiers d’amour me le donne, je ne vous en porte pas envie, beau frère.
Vejatz, dompna, cum Dieus acor
dompna que d’amar s’agrada.
Q’Iseutz estet en gran paor,
puois fon breumen conseillada.
Qu’il fetz a son marit crezen
c’anc hom que nasques de maire
non toques en lieis. — Mantenen
atrestal podetz vos faire!
Voyez Dame, comme Dieu aide dame qui se plaît à aimer. Car Yseut était en grande peur, puis elle fut rapidement secourue: car elle fit croire à son mari que jamais encore homme qui naquit de mère ne l’avait touchée. — Vous pouvez sur le champ faire de même!
Carestia, esgauzimen
m’aporta d’aicel repaire
on es Midonz, qe·m ten gauzen
plus q’ieu eis non sai retraire.
Carestia, apporte-moi joie de cet endroit où est Midonz qui me tient joyeux, plus que je ne puis le dire.