A. Kolsen, Neoph., XXVI, 99 K. Lewent, PMLA, LIX, 606. RO, 167.
3. Etudes et commentaires...
K. Lewent, NM, XLIV, 127. Ch. Roth, *63.
1Ara·m so del tot conquis,
2si que de pauc me sove,
3c’oblidat n’ai gaug e ris
4e plor e dol e feunia.
5E no·i faz semblan trop bel
6ni crei — tant ai manentia -
7que res, mas Dieu, me capdel.
Maintenant je suis complètement conquis, si bien que je ne me souviens que de peu, car j’en ai oublié joie et rire et pleurs et douleur et tristesse. Et je n’y fais pas trop belle mine ni ne crois — j’ai tant de richesses! — que quelque chose, sauf Dieu, me guide. marginal insertion “que quel-” completing printed “-que chose” → “que quelque chose”
8Car ges per mon sen no cre
9ni per prec ni per gragel
10qu’eu poges aver per re
11ni conquerer tal amia
12si Dieus, a cui la grazis,
13no·m ages mes en la via
14et a leis bon cor assis.
Car je ne crois certes pas que par mon intelligence ni par prière ni par menace, j’aurais pu avoir, en quelque manière que ce soit, ou conquérir une telle amie, si Dieu — à qui je rends grâces pour elle (= que je remercie de me l’avoir accordée) — ne m’avait mis dans la [bonne] voie et s’il n’avait placé en elle bon coeur.
15Pregarai mais de novel
16que no suill de viel servis.
17Car dat m’a envolt sembel,
18lo plus d’aquo que·l queria.
19E sai per que·m det tan be:
20car me conosc ses bauzia
21vas leis qui·m retenc ab se.
Je prierai pour une nouvelle faveur, plus encore que je n’en avais coutume pour l’ancienne. Car Il m’a donné, en signe caché, ce que je Lui demandais le plus (=la plus grande partie de ce que je Lui demandais). Et je sais pourquoi Il me donna tant de bien: car Il me sait sans fausseté auprès de celle qui me retient [en vassal] auprès d’elle.
22A leis tajnh amars tan fis,
23per que Dieus l’autrejet me.
24C’ad home qui la trais
25no volc dar la sejnhoria,
26ni que ja·l fezes revel:
27qu’ilh non deu esser traya,
28tan val — mais trop ho espel!
A celle-là convient un amour si fidèle, que Dieu me l’accorda, car à l’homme qui la trahit ou qui lui aurait fait rébellion, Il n’eut jamais voulu en donner la seigneurie (ou bien: car Dieu ne voulut pas en donner la seigneurie ni ne voulut qu’elle lui fît jamais son plaisir, à l’homme qui la trahit): car elle ne doit pas être trahie, tant elle vaut — mais j’en dis trop!
29Car s’eu dic so que·s cove
30de leis que mon cor sagel
31totz lo mon sap, per ma fe,
32cals es. Car tota gen cria
33e sap et es pron devis
34cals es la meiller que sia!
35Per qu’eu la laus e enquis..
Car si je dis à son propos ce qu’il convient que mon coeur scelle, tout le monde sait, par ma foi, qui elle est. Car chacun crie et sait et est bien certain [de savoir] laquelle est la meilleure qui soit! Et c’est pour cela (parce qu’elle est la meilleure) que je la loue et que je sollicitai son amour.
36Mon cor ai eu tan isnel
37que a penas m’en sofris.
38C’amors me pueg’el cervel,
39si que cor ai que lei dia
40a totz — tals talens m’en ve-
41mas Temers e Cortesia
42e dreg Ben-Amar m’en te.
J’ai mon coeur si impétueux, que c’est à peine si je m’en retiens (de dire ouvertement ce que je pense d’elle). Car l’amour me monte au cerveau, de sorte que je désire parler d’elle à tous — tel est le désir qui m’en vient — mais Temers et Cortesia et véritable Ben-Amar m’en empêchent.
43Que, si·m valia Sens Danis,
44si ri mon cor de joy ple,
45qu’esser cug em paradis
46can de midons — c’aixi·m lia
47que vas autra no·m apel -
48auzi parlar, s’es folia,
49sol c’om de leis me favel
Car, qu’ainsi m’aide Saint Denis, mon coeur plein de joie se réjouit tellement que je crois être en Paradis quand j’entends parler de Midons — qui ainsi me lie à elle, que je ne m’adresse à aucune autre — même si c’est folie, pour autant que l’on me parle d’elle (ou bien: (... quand j’entends parler de M. et j’entends parler de M. sans folie, pour autant que...).
50Per que es molt gran merce
51qui·m mentau neis lo castel
52on jai. Mas no sai per que
53es pros qui no·n a paria
54ab leis, c’ans que·l fos aclis
55no sai per que ren valia,
56mas pel be c’ar n’ai, m’es vis.
Pour cela, c’est une fort grande faveur, même si on me mentionne le château où elle réside. Mais je ne sais pourquoi il a du mérite, celui qui n’a pas bonne amitié avec elle, car avant que je ne lui fus soumis, je ne sais par quoi je valais quelque chose, si ce n’est par le bien que j’en ai maintenant, me semble-t-il.
57Que ges lanza ni cairel
58non tem, ni brans asseris,
59can bai ni mir son anel.
60E si·n faz gran galardia,
61ben o dej faire jasse,
62e s’om m’o tenc a fulia
63no sap d’amor co·s mantel
Car je ne crains pas du tout ni lance ni carreau ni épée d’acier, quand je baise ou regarde son anneau. Et si je fais grande gaillardise à ce propos, je dois bien toujours faire ainsi et si quelqu’un me le tient pour folie, il ne sait comment amour se maintient!
64Muira agan ab coutel,
65qui non tema ma fulia,
66o ab peir’o ab cairel!
Qui ne respecte pas ma folie, qu’il meure promptement ou par couteau ou par pierre ou par carreau!
67Joglar, Dieus que fetz tan be
68e·us creix vostre Pretz quec dia,
69vos capdel si co·us cove!
Joglar, que Dieu qui fit tant de bien et qui augmente chaque jour votre Pretz vous guide comme il convient!