XXXVI Ar non sui jes mals et astrucs,
Tradition manuscrite & éditions
Manuscrits
A : Studj., III, 98 et Archiv, LI, 136. C : — Da : — I : — K : — No : Archiv, CII, 184 R : — a : RLR, XLV, 220 + BA, 75.
Éditions & études
Choix, III, 19. MM, 170. RO, 187.
Ar non sui jes mals et astrucs,
anz sui ben malastrucs de dreg.
E pois malastres m’a eleg,
farai vers malastruc e freg.
Si trop un malastruc adreg,
que·l malastruc cap mi pesseg!
Certes, maintenant je ne suis pas malheureux et heureux [à la fois], au contraire, je suis bien exactement malheureux. Et puisque l’infortune m’a élu, je ferai un vers malheureux (=de peu de valeur) et froid. Si je trouve un homme vraiment infortuné, qu’il me rompe ma tête infortunée!
Que per totz temps sui malastrucs
per un gran malastre qe·m ve.
E qui per malastruc no·m te,
Dieu prec de malastre l’estre;
que mil malastruc foran ple
del malastre q’ieu ai en me!
Car pour toujours je suis infortuné, à cause d’une grande infortune qui m’advient. Et celui qui ne me tient pas pour infortuné, je prie Dieu de lui être de mauvaise fortune, car mille infortunés seraient pleins de l’infortune que j’ai en moi!
Dompna, per vos sui malastrucs,
car per malastre·m voletz mal.
E fis ben malastruc jornal,
c’anc nuills malastrucs no·l fetz tal!
Malastruc tro manatz engal,
per que d’est malastruc no·us cal.
Dame, à cause de vous je suis malheureux car par infortune vous me voulez du mal. Et je passai bien une journée malheureuse que certes jamais nul infortuné ne connut. Infortuné [je suis] jusqu’à ce que vous soyez équitable, car de cet infortuné, peu vous importe.
Er aujatz cum sui malastrucs:
qand cuich de malastre mover,
eu sui plus malastrucs en ver!
C’ab malastre·m laissiei cazer,
e pois vinc malastre querer,
don aurai malastre esper.
Entendez maintenant comme je suis infortuné: quand je pense quitter l’infortune, je suis en vérité bien plus malheureux! Car par infortune je me laissai choir et puis, je vins quérir infortune dont j’aurai espoir malheureux.
E pus aysi soy malastrucs,
mos pels malastrucx mi tolray
- aytan del malastre perdray -
e si·l malastre no s’en vay,
malastrucx sia qui mi play,
car tant de malastre m’eschai!
Et puisque je suis si malheureux, je m’arracherai mes malheureux cheveux — autant d’infortune je perdrai! — et si l’infortune ne s’en va, que quiconque me plaise soit malheureux, puisque tant d’infortune m’échoit!
S’ieu atrobes dos malastrucs
q’anesson malastrugamen
a me mais malastre queren,
adoncs for’ieu malastrucs gen.
Mas non trob malastruc valen
c’a me de malastre·s prezen
Si je trouvais deux infortunés me cherchant infortunément plus grande infortune, je serais alors infortuné et plaisant. Mais je ne trouve aucun infortuné de valeur qui à moi se présente par malheur.
Et eu sui aitant malastrucs
qe de malastre port la flor
et ai ben malastrug honor.
Levet, malastruc de seignor,
tu chantes malastre ab plor
d’aquest malastruc amador!
Et je suis tellement malheureux que d’infortune je porte la fleur et que j’ai un bien malheureux honneur. Levet, infortuné en ce qui concerne ton seigneur, puisses-tu chanter avec pleurs l’infortune de cet infortuné amant!
Tu iest malastrucs de seignor,
et ieu soi malastrucs d’amor!
Tu es infortuné en fait de seigneur, et moi je suis infortuné en fait d’amour!
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