XXXVII Als durs, crus, cozens lauzengiers
Tradition manuscrite & éditions
Manuscrits
A : Studj, III, 91 et Archiv, LI, 132. C : MG, 356. Dc : De : Adm, XIV, 201 (str. VII) I : MG, 625. K2 : N2 : Archiv, CII, 181. a : RLR, XLV, 144 + BA, 72.
Éditions & études
C. Appel, St. Med., N.S., II, 393. RO, 190. S. Mejean, Chanson satirique, 105
3. Etudes et commentaires...
MULLERT, Lit.-Blatt, 1931, 212. L. T. Topsfield, Troub. and Love, 148 Ch. Roth, 461, 464 et 465.
Le manuscrit
Als durs, crus, cozens lauzengiers
- enojos, vilans, mals parliers -
dirai un vers que m’ai pensat.
Que ja d’als no·i aura parlat,
qu’a pauc lo cor no m’esclata
d’aisso qu’ieu ai vist e proat
Aux durs, cruels et désagréables lauzengier — ennuyeux, vilains, mauvais parleurs — je dirai un vers que je me suis pensé (=que j’ai élaboré en pensée). Car certes il n’y sera parlé de rien d’autre, car il s’en faut de peu que mon coeur n’éclate de ce que j’ai vu et éprouvé de mauvaise et honteuse tromperie.
E dirai vos de lur mestiers
si cum selh qu’en es costumiers
d’auzir e de sufrir lur glat.
qu’ieu ab mal dir no·ls combata.
E ja del plus no·m sapchon grat
qar mos cors totz non los mata.
Et je vous parlerai de leur façon d’agir à la façon de celui qui a coutume d’entendre et de souffrir leurs glapissements. Même si cela me pèse davantage, je ne laisserai pas de les combattre en faisant usage de la médisance. Et certes, qu’ils ne me rendent pas grâce plus longtemps de ce que je ne les tue pas tous.
Lauzenjador fan encombriers
als cortes e als dreituriers
e a cellas qu’an cor auzat.
E quecx per aquel eis mercat
a l’autre cobre et aplata
son verguinhos avol barat -
aissi son de fer’escata!
Les lauzenjador font des ennuis aux courtois et aux justes et à celles qui ont coeur hardi. Et chacun cache et cèle à l’autre, par ce marché même, sa honteuse et mauvaise tromperie — ainsi sont-ils de mauvaise race!
Per que·y falh totz bos cavaliers
que·ls cre; q’us non l’es plazentiers
mas per qu’en traga mielhs son at.
Qu’il pesson “Ist malaürat”!
Pus d’als non val una rata
des que·l fara so voluntat
o·lh dira lauzenja grata
C’est pourquoi il fait une faute, tout bon chevalier qui les croit; car nul (lauzengier) ne lui est aimable, si ce n’est pour mieux en tirer son besoin. Car ils pensent “Ce maladroit”! Et puis, ce dernier ne vaut pas une souris dès qu’il fera sa volonté (= celle du lauzengier) ou lui dira médisance amusante.
marginal “c” (with tick) beside the third strophe, ll. 18-20; insertion caret after “l’autre” (l. 19)
D’autres n’i a que van estiers,
que·s fa quecx cortes ufaniers,
que per outracujar mot fat,
o cuj’aver mielhs guazanhat
cel qu’a plus la lengua lata
en dir de partir l’amistat
de cels en cui Jois s’afata.
Il en est d’autres qui se conduisent autrement, de sorte que chacun se montre courtois somptueux (=fanfaron) car par déraison fort sotte, il croit avoir meilleure conduite, celui qui a la langue plus large en fait de paroles qui mettent fin à l’amitié de ceux en qui Joy se prépare (=naît).
Que·l plus pros e·ls plus gualaubiers
vei de lauzenjar prezentiers.
E pes me d’ome c’a amat:
cum pot far amador irat ?
Mas ges (qui qu’en crit ni·n glata!)
non amon tug cil qu’an baizat!
So sap midons na Lobata.
Car le plus preux et le plus gracieux, je le vois disposé à calomnie. Et je pense à un homme qui a aimé: comment peut-il irriter des amants ? Mais certes, quel que soit celui qui en crie ou qui en aboie, tous ceux qui ont fait l’amour n’aiment pas [pour cela]. C’est ce que sait Midons Dame Lobata.
Tal cug’esser cortes entiers
qu’es vilans dels quatre ladriers
et a·l cor dins mal ensenhat.
Plus que feutres sembla sendat
ni cuers de bou escarlata,
non sabon mais que n’an trobat.
E quecx quo·s pot calafata
Tel croit être entièrement courtois qui est vilain des quatre côtés et qui a, à l’intérieur, le coeur mal enseigné. Pas plus que feutre ne ressemble à soie ni peau de boeuf à écarlate, ils ne savent rien de plus que ce qu’ils ont inventé. Et chacun calfeutre (ajoute) comme il peut.
Pos non aus mos durs deziriers
dir, tan tem que·l dans fos dobliers,
maldirai los en luec d’aurat.
E Dieus — quar fara caritat -
los maldiga e·ls abata
sai e pueys lai, en Neiron prat,
Puisque je n’ose pas dire mon ferme désir, tant je crains que le dommage ne m’en fut double, je les maudirai comme un fou. Et que Dieu — car il fera charité — les maudisse et les abatte, ici et puis là, dans le pré de Néron où ils recevront leur salaire.
Parlairat (?), non ges grans parliers,
d’aquest vers ompli tos paniers
e porta tot ton col cargat
a 'n Girart, de cuy ai peccat,
a Perpinhan part Laucata.
E di·l (per que m’aia comprat)
qu’el cassa·s e’n desbarata.
‘Petit bavard’ (?), non pas grand parleur, remplis ton panier de ce vers et porte-le, tout ton cou (= dos) chargé, à seigneur Girart, de qui je souffre infortune, à Perpignan, au-delà de Leucate. Et dis-lui, afin que je me sois payé (=vengé), qu’il se chasse et qu’il en fait un vil marché (?)
Ben chant, qui que s’en debata,
dels lauzengiers qu’an Joi baissat
del suc entro la sabata.
Je chante bien, quel que soit celui qui en débatte, à propos des lauzengier qui ont abaissé Joy du sommet de la tête jusqu’au soulier.
Joglar, s’eu ja cautz sabata,
qi no·us ve pauc a cavalgat,
ni sap per qe se debata.
Joglar, que je ne porte jamais de souliers, mais celui qui ne vous voit pas, n’a pas beaucoup chevauché et ne sait pas de quoi nous débattons.