XXXV Ab nou cor et ab nou talen,
Tradition manuscrite & éditions
Manuscrits
A : Studj, III, 99 et Archiv, LI, 137. C : Dc : Est., 88 D : AdM, XIV, 200. I : K : M : N : N2 : Archiv, CII, 181. R : V : Archiv, XXXVI, 449 et Crescini, Per gli st. rom., 129. a : RLR, XLV, 142 + BA, 72. Berenger de Noya : J. Anglade, Homm. à M. Pidal, I, 684. (vv. 1-3)
Éditions & études
Choix, III, 15. MM, I, 67. RO, 184.
3. Études et commentaires
P. Dronke, 99.
Ab nou cor et ab nou talen,
ab nou saber et ab nou sen
et ab nou bel captenemen,
vuoill un bon nou vers commensar.
E qui mos bons nous motz enten,
ben er plus nous a son viven
qu’us vieills en deu renovellar.
Avec un coeur nouveau et un désir nouveau, avec un nouveau savoir et avec une nouvelle et belle façon de faire, je veux commencer un vers bon et nouveau. Et celui qui entend mes paroles bonnes et nouvelles, il en sera bien plus jeune de son vivant, car un vieillard doit s’en rajeunir.
qu’ai novel ab veil pessamen,
franc de novel ab ferm parven.
E chantem al novel temps clar
que·l novels fruitz naison desen
e·l novels critz on Jois s’empren
e·ill auzeill intron en amar.
Car moi, je renouvelle à nouveau, avec ferme intention, ma passion sincère qui est, pour moi, nouvelle avec une ancienne pensée (= qui est nouvelle mais recouvre un ancien sentiment). Et chantons à la nouvelle et claire saison, car les nouveaux fruits naissent à l’instant ainsi que les nouveaux cris par lesquels Joy s’embrase, et les oiseaux se mettent à aimer.
Domn’am que me fai alegrar,
qu’ieu am plus c’om non sap pensar
tant ben cum ieu am, ni comtar.
Qu’ieu am la gensor ses conten -
si Dieus m’am! — e no·i met cuidar
c’ad ops d’amar la·m saup triar
Amors quan nos ajostet gen.
J’aime une Dame qui me fait me réjouir, car j’aime plus qu’on ne puisse penser ni dire combien excellemment j’aime. Car incontestablement j’aime la meilleure — que Dieu m’aime! — et je n’y mets aucune pensée présomptueuse, car en matière d’aimer, Amor sut me la choisir lorsqu’il nous unit noblement.
D’Amor mi dei ieu ben lauzar
mais, c’ad Amor guizerdonar
non puosc, qu’Amors mi ten si car.
Da·t Amors per son chauzimen
mais qu’Amors non pot estojar
a sos ops, Amors! ni donar
ad autra domn’ab cors rizen.
D’Amor je dois bien me louer plus encore, car je ne puis donner de récompense à Amor puisqu’Amor me tient si cher. De par son indulgence, Amor te donne davantage qu’Amor ne peut réserver à son propre usage, Amor !, ni donner à une autre dame au corps riant.
Rire dei ieu si·m fatz soven,
que·l cor mi ri neis en dormen,
e Midonz ri·m tant dousamen
que ris de Dieu m’es vis, so·m par,
e si·m ten sos ris plus gauzen
que si·m rizion catre cen
angel que·m deurion gaug far.
Je dois rire, et je le fais souvent, car mon coeur rit, même en dormant. Et Midonz me sourit si doucement, qu’il me semble que c’est un rire divin, à ce qu’il me paraît. Et, en effet, son rire me rend plus joyeux que si riaient quatre cents anges qui devraient me donner de la joie.
Gaug ai ieu tal que mil dolen
seriont del mieu gaug manen,
e del mieu gaug tuich miei paren
viurion ab gaug ses manjar.
E qui vol gaug sai l’an queren,
qu’ieu ai tot gaug entieiramen
de Midonz que ben lo·m pot dar.
J’ai une telle joie qu’un millier de personnes tristes seraient riches par ma joie, et de ma joie tous mes parents vivraient de joie, sans manger. Et celui qui veut de la joie, qu’il vienne en quérir ici, car j’ai toute joie, entièrement, de Midonz qui peut bien me la donner.
Dompna, d’als non ai a parlar
mas de vos, Dompna, que baisar
vos cuig, Dompna, quand aug nommar
vos, Dompna, que ses vestimen
en mon cor, Dompna, vos esgar;
c’ades mi·us veig inz Dompn’estar
vostre bel nou cors covinen.
Dame, je n’ai à parler de rien d’autre, sinon de vous, Dame, car j’imagine vous baiser, Dame, quand j’entends qu’on vous nomme, Dame, et je vous regarde sans vêtements, Dame, en mon coeur; car maintenant je vois à l’intérieur de moi-même, votre beau et nouveau corps être (devenir) Dame.
De mon nou vers vuoill totz pregar
que·l m’anon de novel chantar
a lieis c’am senes talan var.
Dieus m’abais, et Amors, s’ieu men,
c’autre ris mi semblon plorar,
si·m ten ferm en gaug ses laissar
Midonz, c’autre drut non cossen
En ce qui concerne mon nouveau vers, je veux tous les prier qu’ils aillent me le chanter derechef à celle que j’aime sans désir changeant. Que Dieu m’abaisse, et Amor, si je mens. Car d’autres rires me semblent être des pleurs, tant me tient fermement en joie, sans m’abandonner, Midonz qui n’admet pas d’autre amant.
Ja Dieus mais Dompna no·m presen,
sol gart ma Dompn’e mon Joglar!
Que Dieu ne me donne jamais d’autre Dame, pourvu qu’il garde ma Dame et mon Joglar!
Dieus gart ma Dompna e mon Joglar
e ja mais Dompna no·m presen
Que Dieu garde ma Dame et mon Joglar et qu’il ne me donne jamais d’autre Dame!