Raimbaut d'Orange
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Chanson III

Una chansoneta fera,

pp. 63–74

CHANSON III : REMARQUES.

vv.3sv.

Plutôt que de traduire don par ‘but’, comme le fait Pattison,1 nous préférons rendre au mot sa valeur d’adverbe relatif (‘dont’). De telle sorte, nous supprimons l’opposition introduite par Pattison entre les vv.1-2 et 3; ce qui nous donne dès lors une relation de cause à effet qui, dans ce cas-ci, nous semble plus pertinente. Remarquons d’ailleurs que pour mieux exprimer cette opposition, Pattison traduit fera (v.1) par ‘I should’, un conditionnel qui ne s’y trouve pas et qui fait de cette première affirmation un irréel: je ferais volontiers une chanson facile, mais je crains que j’en mourrai; aussi, je n’en ferai rien2 et je l’écrirai de telle sorte que son sens sera caché.

A lire ces vers comme le fait Pattison, on prêterait au poète une pusillanimité qui ne nous semble pas de mise ici et qui, à notre avis, serait en contradiction avec la suite du poème. Dans cette interprétation, en effet, le poète renoncerait à écrire un poème facile et aisément intelligible, uniquement par peur. Or, le thème de ce poème dépasse de loin cette simple réaction “psychologique”. Ce dont il s’agit, en fait, c’est de la transgression du code de l’amour courtois qui requiert la discrétion, mais d’une transgression “récupérée” au niveau poétique: j’aime tant ma Dame que je ne peux plus me taire (vv.9-11) et que, par conséquent, je ne veux plus employer d’“écran” (vv.14-15);3 je ferai donc (réellement) une chanson facile et je sais exactement à quoi je m’expose {tem que m’er a murir}; cependant, le sens exact de ce que je dirai ne sera visible qu’à celui qui de razon deviza (vv.7-8). En d’autres termes, il n’y a pas là recul du poète devant les conséquences inéluctables d’un tel acte,4 mais bien une volonté consciente d’élaboration poétique portant sur plusieurs niveaux de compréhension: la chanson sera en effet “facile”, on pourra “facilement” la comprendre... à un certain niveau. À un autre niveau, toutefois, les mots qui la composent ne seront descubert (v.7) qu’aux seuls initiés à la poésie courtoise et à son code. Et même — il ne faudrait d’ailleurs aucunement forcer le texte pour cela — on pourrait aisément considérer, avec Alan Press,5 que le poème ne sera vraiment compris que par son véritable destinataire, la Dame: il suffirait pour cela de faire de celle-ci le sujet de poïra (v.5).

Quoi qu’il en soit, ces “initiés” c’est aussi toute personne susceptible de de razon devizar. De là qu’il est important de tenter de déterminer exactement le sens de ces termes. Pattison traduit par ‘the one who divides them reasonably’ et se demande, à ce propos, si l’on fait ici allusion à ‘those who can properly separate the words (vv.7-8) or separate the stanzas, as mct also has this meaning’.6 Commençons par remarquer que s’il s’agit en effet de ‘diviser’, il faut alors remonter à un infinitif devezir, dividïr ou divizir.7 Auquel cas deviza ne peut être qu’une troisième personne sing. du subjonctif présent, ce qui manifestement ne peut en aucun cas se justifier syntaxiquement: il n’y a ici aucune raison d’obtenir un subjonctif. A notre avis, il s’agirait plutôt du verbe devïzar, devisar ‘raconter, proposer, expliquer, discuter, détailler par un devis’.8 Comme le signale d’ailleurs A.H. Schutz, on pourrait dans ce cas traduire devïzar par ‘expliquer’, ‘interpréter’.9 Dans le même ordre d’idées, de razon ne signifierait plus ‘raisonnablement’, mais bien ‘selon la raison’ ou, mieux encore, ‘selon la ratio10 ce qui nous ramène une fois de plus dans l’univers de la rhétorique. Cela étant, rien ne s’oppose à ce que l’on traduise le v.8 par: ‘à chacun qui l’interprète selon son principe d’organisation’

vv.9-15

Traduction de Pattison: “I am happy [ to compose ] for my heart so overpowers me that I can’t help revealing my passion; for now I prosper greatly (although others may see Joy diminishing) so that I cannot find any screen [ to hide my love ], but rather have I abstained all to much from allowing my [ amorous ] triumph to be seen”.11 L’interprétation que donne Pattison de sufrir au v.10 est équivalente à celle qu’il donne du même verbe au v.15. Toutefois, dans ce dernier cas il se dit obligé d’introduire un pronom réfléchi afin de pouvoir donner à sufrir le sens que le vers lui semble requérir.12 En toute logique, il faudrait dès lors procéder de la même façon au v.10 et corriger non puesc sufrir en no’m puesc sufrir, ce qui à vrai dire ne présente pas de grandes difficultés.13 Toutefois, cette seconde correction — indispensable si l’on veut donner à sufrir le sens de ‘s’abstenir’ — devient inutile pour autant que l’on fasse de ce verbe un intransitif avec la signification de ‘patienter’14 et que l’on rattache de mon talan descubrir non plus à non puesc sufrir mais bien à bo’m sap. Cette hypothèse semble d’autant plus justifiée qu’elle permet ainsi de donner à bo’m sap le complément qui lui manque et que Pattison suppose sous-entendu: “I am happy to compose15”.

v.19

Pattison traduit la forme verbale azir par ‘I shall hate myself’, un futur, alors qu’azir ne peut être qu’un présent, soit de l’indicatif soit du subjonctif. Les deux phrases qui suivent — Dieus en ira’m met’ab ela (v.20) et o’m fassa que (...) sima (vv.21-22) — sont des optatives, avec un verbe au subjonctif, et qui régissent toutes deux la subordonnée conditionnelle s’ieu quier als (v.19). Dans la mesure où ces optatives présentent un sens parallèle et analogue à celui de tostems m’lazir, il nous paraît parfaitement justifié de considérer cette dernière proposition comme étant également une optative, juxtaposée aux deux autres. Et ce d’autant plus, que nous obtenons alors par cela-même une enumeratio16 en trois termes qui, quant au sens, présente une très nette gradation: si le troubadour commet cette faute envers sa Dame (v.19), il se haïra (ibid.), Dieu le séparera d’elle (v.20) ou, pire encore, il méritera une mort ignominieuse (vv.21-22).17 On retrouve d’ailleurs cette même gradation lorsqu’on considère ces vers d’un point de vue formel: le premier terme se concrétise en 4 syllabes, le second en 8 et le dernier en 16. Ajoutons cependant que pour obtenir cette progression mathématique, il faut bien entendu compter les syllabes effectivement présentes et abandonner le principe de versification bien connu selon lequel en provençal, comme en français, “les syllabes sont comptées jusqu’à la dernière accentuée; quand celle-ci est suivie d’une atone (rime ou désinence dite féminine) cela ne modifie pas l’appellation du vers”.18 Signalons d’autre part que l’absence d’un que introducteur ne pose aucun problème: comme en ancien français,19 le subjonctif seul suffit à exprimer l’optatif.20

v.27

Pour autant que le verbe ayzir signifie en effet “‘to prepare’, freely ‘to create’”,21 la traduction que donne Pattison de lo iorn que’m fes lïeys ayzir

  • ‘on the day He caused her to be created for me’ — pourrait être acceptée. Rien n’est moins certain cependant. Raynouard et Levy nous donnent pour ce même verbe les significations accueillir et accommoder,22 sans doute, mais ces sens sont contestés par Ulrich Gschwind pour qui aïzir signifie non pas ‘accueillir’ (...) mais ‘donner du plaisir’, d’où le p.p. féminin aisida ‘jouissance’.23 Dès lors, il serait possible de traduire ce vers par : ‘... le jour où Il me fit lui donner du plaisir’, la forme tonique du pronom personnel (lïeys) servant alors de datif sans préposition.24 Ainsi donc, aïzir semble avoir à la fois un sens locatif (‘accueillir’) et des implications sensuelles (‘donner du plaisir’) et/ou courtoises (‘accommoder’). Ce qui correspond d’ailleurs fort bien à ce qu’a mis en lumière Roger Dragonetti à propos d’aïzi, d’aïzimen et d’autres mots de la même famille, à savoir que, sans s’exclure totalement l’un l’autre, il existe deux modes différents d’interpréter ces mots : l’un, “qui (...) fait prévaloir l’idée d’accord, d’ajustement, de convenance, l’autre, l’idée de lieu au sens appréciatif (propre ou figuré) de demeure privilégiée”.25

v.32

Pattison traduit de be s’aribar en Piza par ‘of attaining /Love’s_7 greatest treasure’.26 A ce propos, A.H. Schutz remarque avec raison que “A more literal translation would have been stronger, e.g. ‘of attaining the treasure of Pisa’ (...) this is a typical way of indicating great riches, e.g. the gold of Montpellier and many similar expressions”27

vv.44-45

Donnant à tela le sens de ‘toile’, Pattison traduit ce vers par “... consider that one cannot defend the heart with cloth”, ce qu’il paraphrase de la façon suivante: “If the satisfaction of my desire is delayed, I shall have to die, as surely as the man who has no defensive armor”.28 Pour Alan Press, en revanche, il faudrait comprendre “If there’s delay, think how a man cannot save himself from cobwebs in the heart”.29 Si cette seconde interprétation nous semble déjà plus pertinente que celle de Pattison, elle nous semble cependant peu “courtoise”, dans la mesure où le poète paraît se livrer ici à une sorte de chantage : si ma Dame attend trop longtemps, j’aurai des toiles d’araignée au coeur, c’est-à-dire, l’amour que je lui porte aura disparu. Bien sûr, de telles menaces ne sont pas nécessairement incompatibles avec le code “courtois”,30 mais dans le contexte de ce poème-ci elles semblent peu probables. En effet, le motif développé dans cette strophe est le suivant : si ma Dame ne m’aime pas, j’en mourrai (vv.41-43) et souvent je pense que c’est pour mon malheur que je l’ai conquise (vv.46-48). S’insèrent là-dedans les vers qui nous intéressent et qui logiquement ne peuvent être qu’un avertissement, qu’un appel à la merci et non une menace. A notre avis, une solution possible consisterait à donner à tela son sens de ‘filet’, ‘nasse’,31 ce qui nous permettrait de traduire: ‘si cela tarde pour moi, pensez qu’on ne peut se défendre d’un filet au coeur’. En d’autres termes, loin de menacer sa Dame de l’abandonner, le poète tente uniquement de lui faire comprendre le tragique de sa situation, idée qui nous semble encore renforcée par le vers suivant que, contrairement à Pattison, nous relions également à pensatz: si vous tardez à m’aimer, j’en mourrai (vv.41-43); or, je ne peux pas me défendre, puisque mon coeur est prisonnier, et j’aime tellement la vie (vv.44-46); par conséquent, je pense souvent que c’est pour mon malheur que je vous connais (vv.47-48).

v.52-56

Traduction de Pattison: “I’m not worth an almond if I can’t avenge myself. Right! But why am I exalted because I am now staring at you ?”32 Il n’y aurait rien à redire à cette traduction, si ce n’était que pot (v.53) ne peut en aucun cas être une forme de la première personne de l’indicatif présent! Tant grammaticalement que selon le sens, le seul élément textuel susceptible d’être le sujet de cette forme verbale est Dreitz (v.54). Ceci correspond d’ailleurs à l’interprétation de Carl Appel selon laquelle le même mot est par ailleurs également objet de tenc (v.53): “Ich halte Recht für nichts, wenn es mich nicht (ihr) teuer verkaufen kann”.33 Dans ce cas-ci Dreitz (objet) est sous-entendu, ce qui ne pose pas de problèmes insurmontables, dans la mesure où on pourrait même, éventuellement, émender non tenc en no’l tenc. Il est d’autant plus étonnant de trouver dans le texte de Carl Appel une troisième leçon — no’m tenc34 — dont il ne rend compte ni en note, ni dans sa traduction! Cette dernière lecture, cependant, donne lieu à une interprétation qui à bien des égards pourrait s’avérer satisfaisante: m étant objet de tenc, on aurait alors ‘Je ne m’estime pas la valeur d’une amande si Dretitz ne parvient pas à me venger’. Vendre car, ‘teuer verkaufen’ chez Appel,35 a également le sens de ‘se venger’,36 de là ‘rendre justice’. Quant à per que, plutôt que de le considérer comme introduisant une interrogative, nous le traduisons par la conjonction ‘puisque’, ce qui nous permet d’introduire un lien causal et logique entre les vv.54-56 et ce qui précède: puisque mon coeur m’exalte et que j’ai les yeux fixés sur celle que j’aime, je ne vaux absolument rien si justice ne m’est rendue!

v.60

Puisque trobar peut signifier autant ‘trouver’ (dans le sens concret du terme) que ‘faire de la poésie’,37 il n’est pas impossible de voir ici un jeu de mots sur ces deux significations. Il pourrait donc s’agir, à la fois, de ‘chanter’ l’amour sans “écran” (c.-à-d., ouvertement, sans prendre de précaution) et de ‘trouver’ l’amour sans “écran” (c.-à-d., sans obstacle matériel, ses chamisa?). Autrement dit, il y a là, du point de vue du code courtois, double faute — dévoiler le nom de sa Dame et/ou aller à l’encontre de la conception idéaliste de l’amour — qui ne peut que déboucher sur la conclusion qu’émet le poète aux vv.61-62: ja non deu planher si pert / domna qu’es vayra e ariza. Remarquons toutefois que cette conception hautement idéaliste de l’amour — qui par son apparente condamnation de l’amour charnel serait comparable à celle qui mène Marcabru à attaquer violemment Fals’Amors et Amars38 — n’est certes pas une constante de l’œuvre de Raimbaut d’Orange,39 ce qui fait qu’il y a là peut-être, dans ces vers une intention ironique que l’on ne peut négliger!

v.62

Alors que de toute évidence vayra e griza s’appliquent à Domna selon la pratique de la “Synonymendopplung” mise en lumière par W.Th Elwert,40 Pattison ne traduit qu’un des deux termes employés: “a fickle lady”.41 Puisqu’ils apparaissent souvent à l’intérieur du même syntagme nominal,42 on a cependant intérêt à ne pas confondre le sens de ces adjectifs. Vayr signifie en effet ‘changeant, inconstant’,43 tandis que gris a plutôt le sens de ‘vieux, à cheveux gris; irrité’44 (voir aussi faire cara griza, ‘faire grise mine’).45

CHANSON III: TEXTE ET TRADUCTION

Una chansoneta fera, voluntiers laner’a dir, don tem que m’er a murir. E far l’aital que sen sela. 5. Ben la poira leu entendre, si tot s’es en aital rima: li mot seran descubert al quec de razon deviza.

[[hand: “far” (l. 4) and “parer” (l. 15) circled in pencil; small pencil note above l. 1]]

Bo·m sap car tan m’apodera 10. mos cor que non puesc sufrir de mon talan descubrir; c’ades puech a plena vela (qui que veya Joy dissendre) per que no·y puesc nulh’escrima 15. trobar. Ans m’ai trop suffert de far parer ma conquiza.
Pus ma dona m’es tan vera, trop miels qu’ieu no·il sai grazir, s’ieu quier als, tostems m’azir, 20. Dieus en ira·m met’ab ela o·m fassa que be·m tanh pendre per la gola d’una cima. Pro m’a dat: sol lieys no pert Dieus m’a pagat a ma guiza.
25. Ben saup lo mel de la cera triar e·l miels devezir lo iorm que·m fes lieys ayzir, pus — cazen clardat d’estela - sa par no·s fay ad contendre 30. beutatz d’autra, si be·s lima ni aya cort tan asert de be s’aribar en Piza.

[[hand: dense pencil apparatus at foot of both columns (variant readings keyed to ll. 30-32, e.g. “espiza R”, “vespiza”; “NB aya... lima...”); largely illegible]]

Je ferai volontiers une chansonnette de peu de valeur dont je crains qu’il ne me faille mourir. Mais je la ferai telle qu’elle dissimule [son] sens. On (elle ?) pourra bien facilement la comprendre, quoiqu’elle soit en une telle rime: les paroles en seront manifestes à quiconque l’interprète selon son principe d’organisation.

Puisque mon coeur se rend tellement maître de moi que je ne puis patienter, il m’est agréable de révéler mon désir; car aussitôt je m’élève à pleine voile (quoiqu’on voie Joy descendre) puisque je ne puis y trouver (composer) d’“écran”. Au contraire, je ne me suis que trop abstenu de faire paraître ma conquête.

Puisque ma Dame m’est si vraie — bien plus que je ne puis lui en savoir gré — si je recherche autre chose, qu’elle m’en haïsse éternellement, que Dieu me mette en dissension avec elle ou qu’il fasse qu’il convienne bien de me pendre par la gorge à la cime d’un arbre. Il m’a donné suffisamment: pour autant que je ne la perde pas, Dieu m’a payé à ma guise.

Il sut bien séparer le miel de la cire et distinguer ce qu’il y avait de mieux, le jour qu’il me ayzir cette dame, puisque — la clarté de l’étoile déclinant — beauté d’autre ne peut s’affirmer sa pareille, quoiqu’elle se “lime” et quoiqu’elle ait volonté tant assurée de bien atteindre [les trésors de] Pise.

Donna, can mi colc al sera, la nueyt e tot iorn cossir 35. co·us pogues en grat servir. Cant ieu·m pes, qui·m fer ni·m pela no·m pot far en als entendre. Mos cors de gaug salh e guima, tan ay en vos mon cor sert 40. e ma voluntat assiza.

[[hand: marginal note “3 MS.” beside line 39; correction/deletion mark after “cor”]]

Donna, si no·us alezera mos cors lay on yeu dezir, res plus tost no·m pot aucir. Si·m tarza, pensatz de tela 45. al cor c’om no·s pot defendre, que·l vida m’es aytan prima ! Soven ay gaug e m’espert e·m pes: “Mala l’ai conquiza!”
Doncx c’ay fag tan long’espera 50. que aysi·m degues murir ? Mas un iorn m’es vis que·m tir un an. Lo pretz d’una mela no·m tenc si no·m pot car vendre Dreitz, per que mos cors m’ensima, 55. c’ades m’estai l’uelh ubert vas sela part on l’ay viza.
Deu prec tan de mort m’escrima, Donna, e m’aia suffert tro qu’ie·us embratz ses chamisa.
60. Qui trob’amor ses escrima, ja non deu planher si pert Donna qu’es vayra e griza.

Dame, lorsque je me couche, le soir, je me demande la nuit et toute la journée comment j’aurais pu vous servir à votre gré. Quand je suis plongé en mes méditations, quel que soit celui qui me frappe ou m’arrache les cheveux, il ne peut détourner mes pensées vers un autre sujet. Je danse et saute de joie, tant j’ai en vous mon coeur assuré et ma volonté assise.

Dame, si je ne vous charme là où je le désire, rien ne peut plus vite me tuer. Si cela tarde pour moi, pensez qu’on ne peut se défendre d’un filet au coeur et que la vie m’est si chère! Souvent je me réjouis et [puis] je me désespère et je pense: “Je l’ai conquise pour mon malheur!”.

Pourquoi donc ai-je fait si longue attente qu’il me faudrait ainsi mourir ? Mais il me semble qu’un jour a pour moi la longueur d’une année. Je ne vaux pas le prix d’une amande si Dreitz ne peut me rendre justice, puisque je m’exalte et que j’ai maintenant l’oeil ouvert (fixé) sur cet endroit où je l’ai vue.

Dame, je prie Dieu qu’Il me protège de la mort et qu’il m’ait souffert jusqu’à ce que je vous embrasse sans chemise.

Celui qui “trouve” amour sans “écran” ne doit certes pas se plaindre s’il perd une Dame qui est inconstante et irritée.