Raimbaut d'Orange

Les chansons

XXXIV Parliers…ana

Tradition manuscrite & éditions

Parliers.....................ana

.........................en chan

...............................an

quar ma tra.................orda

.........................blancas

o qar.........................el

.....................poget tan

so...........................an

Vas leis no.................ana

.................comtessa prezan

cui met — e no·ill pes — denan.

E non ai cauzit la borda

car ai las sobranas brancas,

ab so que par n’Izabel,

s’assai d’alques en soan.

Q’ar no·m demandon son dan!

Vers elle..... comtesse de prix, que je mets en avant, et que cela ne lui pèse pas! Et je n’ai pas choisi la poussière (les brindilles) car je possède les plus hautes branches, pourvu que paraisse Dame Isabelle, même si je la traite quelque peu avec dédain!* footnote “Et qu’ils ne me demandent pas, maintenant, de lui nuire!”

"Ha ni sobr’ar Catalana

[“Ha-ni-Sobr’am Catalana”]

[e] so dizion antan.

Mas ar no·m val tan ni can,

qar totas gens no·n s’acorda.

E non fasson pons e plancas,

que non remazes per gel

tro que fos sols guerrejan.

De qal dir quex pres aman!

“Maintenant il possède et vainc la Catalane!” (“*Ha-ni-Sobr’*aime la Catalane!”), c’est là ce qu’ils disaient auparavant. Mais maintenant cela ne me vaut plus rien du tout, car tout le monde ne s’accorde pas à ce propos. Cependant, qu’ils ne me passent pas sur le corps, car moi je ne resterais pas en arrière, à cause du gel, jusqu’à ce que je sois seul à me battre! Et que chacun estime l’amant pour ces paroles-là!

Que·l reis non a cor d’ufana,

a parven, ni a semblan,

qar absol novia tiran.

Cans enrabiatz lo morda,

Reis, qui·us ditz per c’ar n’estancas!

Qu’ieu no·l tenc per fizel

qui·us ho vedes conseillan,

c’ans vos te trop per enfan!

Et, apparemment, le roi ne désire ni faste ni [beau] semblant, car il congédie cruellement sa fiancée. Qu’un chien enragé le morde, ô Roi, celui qui vous dit ce par quoi maintenant vous vous arrêtez. Car je ne le vous tiens pas pour fidèle celui qui, en vous conseillant, vous eut défendu cela, car au contraire il vous tient trop pour un enfant!

Cortezia n’es baudana

e Vilania s’espan

et Amors n’eis de guaran!

E q’ar no·i trop pro e·n orda,

lais. Car sent paraulas rancas.

No·m esleg l’amar e·l mel

d’amor, e non dig parlan

l’escut e so que·i resplan.

Cortezia est trompeuse et Vilania s’étend et Amor dépasse la mesure! Et afin que maintenant il ne puisse y trouver avantage ni matière à ourdir, j’abandonne. Car je reconnais là des paroles rances. Je ne choisis ni le doux ni l’amer en matière d’amour et je ne nomme pas, en parlant, l’écu et ce qui y brille.

Si per razo am vilana

com es sesta don ieu chan,

m’i fos enpres ab enguan

sai, entre·Monteill e Gorda.

La forsa c’ai en las ancas

perda ieu, e·l fetg’e·l fel,

s’ieu trop pel agues ferran

non fezes guerr’e deman

Et, si par la nature des choses j’aime une vilaine comme est celle dont je chante, j’en fus enflammé de désir* footnote “par ruse” ici, entre Monteil et Gordes. Que je perde la force que j’ai dans les hanches, ainsi que mon foie et mon fiel, si j’avais le poil trop gris de sorte que je ne puisse faire guerre ni demande!

Jotglar, Dieus nos gart d’enguan,

sitot ilh non fan deman.

Jotglar, que Dieu nous garde de tromperies, même si on n’en fait la demande!