v. 4
qar mais ancor non vei
La leçon du ms. (unique) E est qar matz ab cor non vei que Carl Appel émende en q’armad’ab cor ..., traduisant ‘Je ne la vois pas armée de courage’.RvO (Appel, Poésies provençales inédites tirées…) Carl Appel , Raimbaut von Orange , Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1928, pp. 62-98 , p.102 ; voir aussi RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , p.180. Walter T. Pattison s’élève à juste titre contre cette lecture, en proposant de corriger qar matz en q’ar maïs , tandis que pour ab cor il propose de lire ancor , faisant remarquer que de toute manière armar se construit avec de , non avec ab .Ibid. Personnellement, la seule modification que nous voudrions apporter à l’hypothèse de Pattison, qui nous semble en effet des plus vraisemblables, concerne q’ar que nous lirions qar . Tout en ne changeant rien au sens de ce vers, cette dernière lecture permet de mieux faire ressortir l’affirmation du v.6 : per ar et per totz temps . Ce qui ne serait pas le cas, à notre avis, si l’adverbe ar était également présent au v.4 : cette détermination temporelle affaiblirait celle du v.6, outre que dans le v.4 même elle n’a aucune fonction significative!
↩ au vers 4
v. 10
q’eu non temses t’atremps,
Sans tenter pour cela d’expliquer la leçon du ms. (qeu nom temessa tremps ) Carl Appel réfute la lecture d’Adolf Kolsen : temer estrems = lat. extrema metuere .RvO (Appel, Poésies provençales inédites tirées…) Carl Appel , Raimbaut von Orange , Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1928, pp. 62-98 , p.103 et Adolf Kolsen , ‘Der Versteckname Joglar bei Raïmbaut d’Aurenga’, dans Zeitschrift für romanische Philologie , XLI (1921), p.550. Cela étant, il suggère cependant d’y voir, peut-être “s’estremps ‘ich würde nicht fürchten, wenn du (es) ausreissest’, also 2.Conj.Praes. von estremar ‘entfernen, beseitigen, entreissen, rauben’ usw.”.RvO (Appel, Poésies provençales inédites tirées…) Carl Appel , Raimbaut von Orange , Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1928, pp. 62-98 , loc.cit. Pattison, quant à lui, lit q’eu non temes t’estrems “provided I shouldn’t have to fear you will leave me”,RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , p.179 (voir aussi pp.180-181, note au v.10). suggérant dans son commentaire que la leçon du ms. atremps pourrait remonter à un infinitif atrempar, atempar ‘to cool off, become lukewarm’, de là ‘cesser d’aimer’. Si nous acceptons en effet cette identification du verbe, nous préférons cependant rester plus près du ms. et lire q’eu non temses t’atremps , où temses est la première personne du subjonctif imparfait. D’où notre traduction: ‘Un oeil m’aurait pu être pris en rançon, que je n’eusse pas(encore)craint que tu te tempères, modifies (= que tu m’aimes moins)’.Pour at(r)emp(r)ar, voir LR (Raynouard, Lexique roman ou Dict. de la langue…) M. Raynouard , *Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours comparée avec les autres langues romanes. Réimpression de l’original publiée à Paris, 1836-1845, Heidelberg, Carl Winterverlag, t.V, p.11 , t.V, pp.317 sv. Sans doute, on a ici une deuxième personne, alors que Raimbaut s’adresse à sa Dame à la cinquième personne au vers suivant, vos, presasetz , mais on trouve cette alternance de ce personne ailleurs aussi.Voir aussi IX,58 et XIV,37 et 44. Qui plus est, Pattison l’admettait également, ajoutant qu’au v.8 de ce poème on retrouvait la même chose (car trop tems ). Pour nous, toutefois, tems n’est pas une seconde personne de l’ind.prés., mais bien une première pers.du parfait. Dans l’hypothèse de Pattison, il s’agissait d’une question posée par le poète à sa Dame. Mais pourquoi celle-ci devrait-elle avoir peur ? Ou de quoi ? Au contraire, tout le poème est fondé sur la peur de l’amant et cette question rhétorique s’insère fort bien dans le texte, en ce qu’elle répond aux vv.7sv. et annonce la justification des vv.9-12.
↩ au vers 10
v. 13
C’anc fams ni sons ni setz
Presasetz est un subj.imp.5 de prezar (cf. aussi gitasses ). Normalement, on s’attendrait ici à des formes en -esetz mais celles en -asetz (-asem ) ne sont certainement pas fautives et sont signalées, e.a., dans le Donatz Proensals d’Uc Faidit.J.H. Marshall , The Donatz... , p.354 (ll.387-388); ibid. , p.269 (n.). — Voyez aussi K.Th.MEYER, Die Provenzalische Gestaltung der mit dem Perfectstamm gebildeten Tempora des Lateinischen , Marburg, 1884, p.31; Oscar Schultz-Göra , Elementarbuch , p.89; Carl Appel , Provenzalische Chrestomathie , p.XIV; V. Crescini , ouv.cité , p.121, pour qui ce sont là des exemples d’un “riflesso etimologico”.
↩ au vers 13
v. 16
Q’en breu devengra bretz
Dans le ms. on peut lire qem breu deventer abretz que Walter T. Pattison émende en q’en breu de vent m’abretz . Pour ce faire, il argumente que “The ms. reading is one syllable too long; hence I have substituted m’ for er . As for de vent : (a). It suggests something flimsy, unstable and evanescent (cf. examples in Rayn.). (b) Raimbaut often talks about growing thin from unreturned love, to the point he ‘lives on wind’ (VI,31) or become an exhalation”.RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , p.181. On remarquera que les exemples de Raynouard auxquels Pattison fait allusion ne sont pas des plus convaincants, on en trouverait de meilleurs chez Levy.Voir LR (Raynouard, Lexique roman ou Dict. de la langue…) M. Raynouard , *Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours comparée avec les autres langues romanes. Réimpression de l’original publiée à Paris, 1836-1845, Heidelberg, Carl Winterverlag, t.V, p.11 , t.V, pp.498-499 et SW (Levy, Provenzalisches Supplement…) Emil Levy , Provenzalisches Supplement Wörterbuch. Berichtigungen und Ergänzungen zu Raynouards Lexique roman , Leipzig, U.K. Reißland, 1894-1924, t.I-VIII , t.VIII, pp.620-621. Toutefois, traduire de vent m’abretz (=m’aunetz ) par “I shall be reduced to nothing” nous paraît aller un peu vite en besogne. Pourquoi ne pas s’en tenir à l’émendation proposée par Carl Appel: devengra breta ?RV 0 , p.102. Et d’autant plus que l’objection de Pattison à l’égard de celle-ci ne nous semble pas particulièrement pertinente : “a future, instead of a conditional, tense is logical”.RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , loc. cit. Le conditionnel a, dans ce cas-ci, à peu près la même valeur que le futur, si ce n’est qu’il insiste davantage sur la potentialité (voir, p.ex., dans le cas des hypothétiques, A.-J. Henrichsen , ouv. cité , pp.86-88).
↩ au vers 16
v. 26
si·m cocha·l bes q’eu n’aic! Q’e·l luec tornes!
Walter T. Pattison interprète tornes comme étant une troisième personne du subjonctif imparfait, et traduit par “Might it return to its former place (...) hence to its former state”.RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , pp.179-180. Le sujet de ce verbe reste toutefois ambigu, et si “it” correspond en effet au bes q’ieu n’aic (v.26), le sens du vers n’en devient pas beaucoup plus clair pour autant. Faut-il en effet comprendre “Que ma bonne fortune revienne à sa place”, c.-à-d. “qu’elle soit comme avant” ? La chose est possible, mais pour notre part, nous verrions en tornez une forme de la première personne: le poète dit dans la strophe précédente qu’il ira en exil plutôt que d’en aimer une autre (vv.23-24). Ayant évoqué l’éventualité d’un pareil exil, il pense immédiatement à sa mort, qui en serait la conséquence inévitable (e com morrai adez , v.25) vu le tourment résultant du souvenir de la “bonne fortune” qu’il eut, et souhaite immédiatement aussi son retour auprès de sa Dame. Il suffit pour cela de lire qu’el comme étant l’équivalent de que en lo = que enl = qu’e’ l .Voir, e.a., V. Crescini , ouv.cité , pp.92-93.
↩ au vers 26
v. 27
A, Domna·l plus confes
Le mot confes signifie ‘schuldig, zahlungsunfähig’,SW , t.I, p.321. ce qui permet à Pattison de le traduire par un terme aussi négatif que “abject”.RO , p.180. Toutefois, confes peut également avoir le sens (positif!) de ‘dévoué, qui prouve sa déclaration par des actes’.René Lavaud , Poésies (...) Peire Cardenal , p.22 (note au v.40 de la chanson III, S’ieu fos amatz o amés ). En ce qui concerne cette dernière signification, postulée par René Lavaud, et pour laquelle on ne possède pas d’autres exemples en ancien occitan, on pourrait peut-être en trouver confirmation dans l’ancien français, ‘confesseur, qui prouve sa foi’.A ce propos, voir GOD , t.II, p.232 ; TOB , t.II, p.675 et FEW , t.II, p.103.
↩ au vers 27
v. 29
acorres, si que pres
Pattison assimile acorres à accoretz , comme gitassees à gitassetz et podes à podetz .RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , p.181. S’agit-il toutefois bien d’une forme d’acorar ? Tout comme Pattison, nous en doutons fortement, d’autant que Levy “throws grave doubts on the meaning ‘to encourage’ for acorar ”.Ibid. ; pour Levy, voir SW (Levy, Provenzalisches Supplement…) Emil Levy , Provenzalisches Supplement Wörterbuch. Berichtigungen und Ergänzungen zu Raynouards Lexique roman , Leipzig, U.K. Reißland, 1894-1924, t.I-VIII , t.I, p.15. Ce doute se confirme, lorsqu’on examine de plus près la structure phonique des vers de cette strophe. Il est en effet remarquable de constater que les mots à l’initiale de chacun de ces vers présentent tous un [o̥]: e ço m (v.25), si ço cha (v.26), A ḍo mna (v.27), o me (v.28) et de vo s (v.30). Dans cette optique, si acorres était en effet une cinquième personne du subjonctif présent d’acorar , le parallélisme phonique de cette série serait détruit, dans la mesure où acorar présente un [o]. En revanche, s’il est inutile de songer à une émendation d’acorres en socorres (du verbe socorre , qui présente également un [o̥]) comme le suggère Pattison, on pourrait fort bien y voir une cinquième personne de l’impératif du verbe acorre(n) , également avec [o̥] et qui signifie, par ailleurs, ‘accourir, porter secours, secourir’.PDL (Levy, Provenzalisches Supplement…) Emil Levy , Petit Dictionnaire provençal-français , Heidelberg, Carl Winter Verlag — Universitätsverlag, 1966, 4e éd., p.54 (* , p.5. — Pour acorre en lieu et place d’acorar , voir aussi A. Weidner , C.R. de RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , dans Archiv für das Studium der neueren Sprachen, t.CXC (1954), p.261.
A ce propos, on pourrait nous faire l’objection que cochar a un [o̥] et non un [o], ce qui réduirait à bien peu de choses la valeur de notre argumentation. Or, s’il est vrai que tant Erdmannsdörfer que Pillet et Carstens ou Levy considèrent qu’il s’agit là en effet d’un [o̥],E. Erdmannsdörfer , ouv.cité , p.51; P.-C. (Pillet, Bibliographie der Troubadours) A. Pillet et H. Carstens , Bibliographie der Troubadours , Halle, 1933, pp.XXIX-XXXV , p.501; PDL (Levy, Provenzalisches Supplement…) Emil Levy , Petit Dictionnaire provençal-français , Heidelberg, Carl Winter Verlag — Universitätsverlag, 1966, 4e éd., p.54 (* , p.81. rien n’est en fait moins certain! D’après Walter von Wartburg, cochar remonte à un étymon cŏctare , forme refaite sur cŏctum < coacatum , supin de cŏgĕre .FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , t.II, p.830-832; voir aussi Pierre Bec , Manuel pratique de philologie romane , t.I, p.357. Et si le groupe [ct] évolue soit vers [ch], soit vers [it],ANG (Anglade, Grammaire de l'ancien provençal ou…) Joseph Anglade , Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc , Paris, éd. Klincksieck, 1921 , pp.165-166; ce qui donne effectivement des formes en coït- (voir FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , loc.cit. et PDL (Levy, Provenzalisches Supplement…) Emil Levy , Petit Dictionnaire provençal-français , Heidelberg, Carl Winter Verlag — Universitätsverlag, 1966, 4e éd., p.54 (* , p.82). [ō] ne peut donner que [ǫ], qu’il soit protonique (dans le cas de l’infinitif)ANG (Anglade, Grammaire de l'ancien provençal ou…) Joseph Anglade , Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc , Paris, éd. Klincksieck, 1921 , p.105. ou sous l’accent (dans le cas de la troisième personne de l’indicatif présent, ce qui est la situation qui se présente ici, au v.16).ANG (Anglade, Grammaire de l'ancien provençal ou…) Joseph Anglade , Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc , Paris, éd. Klincksieck, 1921 , p.77. Il y a donc là de quoi infirmer le résultat phonique présenté plus haut (cochar ). A moins bien sûr que l’étymon supposé par von Wartburg ne soit pas exact, et qu’il faille recourir à une forme en — ŏct , comme le fait d’ailleurs Erdmannsdörfer,E. Erdmannsdörfer , loc.cit. et non à une forme en — ŏct . Mais comment expliquer alors les continuateurs en — oï de l’ancien français ?Voyez FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , loc.cit. et aussi J. Corominas , Diccionario (...) etimologico de la lengua castellana , t.I, p.978. D’autre part, une preuve supplémentaire de la valabilité de l’hypothèse de von Wartburg, indirecte celle-ci, est donnée par J. Corominas, à propos de l’espagnol cuita , forme dérivée de cuitar emprunté à l’ancien occitan coitar , cochar : “cŏcta habria dado occ. cueita (y no coïta) cuyo paso a cuita no se explicaría en castellano ”.Ibid. Ce qui fait que Corominas en arrive à la même conclusion que nous en ce qui concerne le [ɔ̄] de cochar et affirme que “en lengua d’Oc, cocha rima con locha (Guilhem de l’Olivier, fin del S. XIII)”.Ibid. A propos de cette dernière affirmation, on remarquera — et la chose est, somme toute, plaisante — que si les dictionnaires et rimaires se trompaient effectivement quant au timbre du [ɔ̄] de cochar , ils commettent exactement la même erreur en ce qui concerne lochar , où ils s’posent pareillement un [ō]Voyez E. Erdmannsdorfer , loc.cit. et PDL, p.228. — A l’appui de Corominas, nous pourrions d’ailleurs ajouter que dans Flamenca p.ex., cocha rime avec locha (vv.6033-6034), sans doute, mais que cochat y rime également avec tornat (vv.2142-2143) et que tornar présente indubitablement un [ɔ̄] (voir e.a., E. Erdmannsdorfer , ouv.cité , p.68!); — lochan même vient de łutari , ce qui justifie également le [ɔ̄] (voir FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , t.V, p.438).
↩ au vers 29
v. 34
a cels qe sabo·l destors,
Pattison traduit destors par “obstacle” / “which separates us”, ce qui semble renvoyer au mot destorbi, destorp .Voir PDL, p.121. Toutefois, dans la mesure où il nous faut ici une rime en — ors ,Voir cors, mors, fors, sors, demors . cette identification nous semble peu vraisemblable, puisque destorbi, destorp <äistürbare FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , t.III, p.101; voir aussi PDL, loc.cit. présente un [ō]. En revanche, destors pourrait bien être un dérivé du verbe destorser . Ce verbe signifiant aussi bien, fondamentalement, ‘tordre’ que ‘détordre’,FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , t.XIII, p.99. on pourrait donner à destors le sens de ‘ce qui est tordu, détourné’, c.-à-d.: ‘faute’.Voir p.ex. destorser ‘se détourner du bon chemin, se fourvoyer’, mfr. destort ‘détournement, frustration’, afr. destorta ‘action injuste’, etc. (voir FEW (von Wartburg, Französisches etymologisches…) von Wartburg , Französisches etymologisches Wörterbuch , t.XIII, pp.975s.v. )
Ainsi, on pourrait facilement comprendre ce passage comme suit: si seulement elle eût semblé être ma soeur à ceux qui maintenant savent quelle voie détournée je suis (= quelle faute je commets), alors nous aurions pu connaître le bonheur!
Str.VII
Traduction de Pattison: “Lady, I don’t pretend to be sad, because of which I consider myself scorned by you; but because I fear the false rumors of the envious betrayers, I have abandoned to that extent my usual good sense”.RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , p.180. A ce propos, nous nous faisons nôtre la remarque de Frank M. Chambers. A son avis, il vaudrait mieux traduire par: “Lady, I am not growing sad because I consider myself scorned by you” et, à cet effet, “the lines should be followed by a comma, not a semicolon, since they are closely connected with what follows”.Frank M. Chambers , C.R. de RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 ..., p.235.
↩ au vers 34
v. 43
Per l’espavent mi doill
Walter T. Pattison traduit per l’espavent mi doill par “I grieve on account of your fear”.RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , loc.cit. A notre avis, il ne s’agit pas ici de la peur de la Dame, mais bien de la peur du troubadour: ne vient-il pas de se plaindre, au v.41, de ce qu’il craint les calomnies dels enojos tratitz (v.41) ?
↩ au vers 43
v. 44
e pel gran be q’aüt n’ai fait orgoill,
Là où Pattison signale dans son apparat critique la leçon quaut ,Ibid. dans ses notes il prétend qu’il faut lire e pel gran be quant n’ai , qu’il émende en e pel gran be q’avant n’ai ... Il cite également ce qu’il croit être une émendation de Carl Appel — e pel gran be q’ait n’ai — ajoutant que “either emendation satisfies the sense”!RO (Pattison, The Life and Works of the Troubadour…) Walter T. Patterson , The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d’Orange , Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1952, pp.3-30 , p.181; RVO , loc. cit. Or, la leçon du ms. est vraiment qaut ! De là que ce que Pattison prend pour une émendation chez Carl Appel ne l’est pas du tout et que la sienne propre perd toute raison d’être. D’autre part, à lire le ms. comme Carl Appel, on obtient une belle antithèse renforcée par un parallélisme syntaxique qui n’apparaît plus du tout chez Pattison:
Per l’espavent mi doill
e
pel be q’ait n’ai fait orgoill
↩ au vers 44