VIII Braiz, chans, quils, critz
Tradition manuscrite & éditions
Manuscrits
A : Studj, III, 92. D : Est, 89 De : vv. 43-48 — AdM, XIV, 201. E : — I : — K : — M2 : — N2 : Archiv, CII, 183. a : RLR, XLV, 217 + BA, 75.
Éditions & études
RO, 93. Mt. de Riquer, Lirica..., I, 150.
3. Etudes, commentaires...
A. Kolsen, ZRPh, LVIII, 81. Ch. Roth, 463.
Braiz, chans, quils, critz
aug dels auzels pels plaissaditz.
- Oc! Mas no los enten ni deinh,
c’un’ira·m cenh
lo cor, on dols m’a pres razitz,
per qe·n sofer.
J’entends dans les haies les clameurs des oiseaux, leurs chants, leurs piaillements et leurs cris.- Oui! Mais je ne les écoute pas ni ne les juge dignes d’attention, car une colère m’étreint le coeur où la douleur a pris racine, chose à cause de laquelle je souffre.
Si·m fos grazitz
mos chantars ni ben acuillitz
per cella que m’a en desdeing,
d’aitant mi feing
q’en mains bons luocs for’enbrugitz
mais que non er.
Si mon chant eût été agréé et bien accueilli par celle qui m’a en dédain, je me flatte d’autant qu’il aurait été connu en maints bons lieux, plus qu’il ne le sera [maintenant].
Tristz e marritz
es mos chantars aissi fenitz
per totz temps, mais tro q’ela·m deing
pel sieu manteing.
Era mos bos, er es delitz,
mas no·l sofer.
Triste et marri, mon chant a désormais ainsi pris fin pour toujours jusqu’à ce qu’elle m’approuve par son soutien. C’était mon bien, maintenant c’est un crime, puisqu’elle ne le souffre plus.
Jois m’es fugitz!
Un pauc mas tost mi fon faillitz!
S’anc mi volc, er m’a en desdeing.
Com no·m esteing
can precs ni merces ni destritz
re no i conquer ?
Joy m’a fui! Il y a peu, il m’abandonna (ou: ma Dame m’abandonna). Si jamais elle me voulut, maintenant elle m’a en dédain. Pourquoi est-ce que je ne me tue pas, puisque ni prière ni Merce ni attente n’y conquièrent quoi que ce soit ?
Mos cors me ditz
“Per qe soi per liei envilitz ?”
-"Car sap que nuill’autra non deing,
per so·m m’estreing."
Morrai, car mos cors enfollitz
mas ges non quer.
Je me dis: “Pourquoi suis-je avili par elle ?” -“Car elle sait que je n’en veux nulle autre, pour cette raison elle me rabaisse.” Je mourrai donc car, affolé, je ne cherche rien de plus.
Cum sui trahitz!
Bona dompn’ab talan voutitz,
ab cor dur, a! nuill’als non deing.
Mesclat ab geing,
volretz que torn flacs-endurzitz
o que demer!
Comme je suis trahi! Bonne Dame au désir inconstant et au coeur dur! Ah! Je ne juge nulle autre digne de mon amour. Pleine de ruse, vous voudriez que je devienne flasque-endurci ou que je sois coupable!
Trop sui arditz!
Dompna, mos sens eissabozitz
m’a faitz dir fols motz q’ieu non deing:
contra mi reing.
Tant sui fors de mon sen issitz,
non sent qi·m fer.
Je suis trop téméraire! Dame, mon esprit étourdi m’a fait dire des paroles folles que je tiens pour inconvenantes: j’agis contre moi (=je me nuis). Je suis tant “sorti de mon sens”, que je ne sens pas qui me frappe.
Mout es petitz,
Dompna, ·l tortz q’ieu vos ai servitz,
per que vos m’avetz en desdeing.
Fatz n’esdeveing!
Pendutz fos aut per la cervitz
qui a moiller!
Le tort que je vous ai fait, Dame, et pour lequel vous me dédaignez, est fort peu important. J’en deviens fou! Qui a femme, qu’il soit pendu haut par la nuque.
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Humils, ses geing,
Dompna, ·l vostre sers fals-faillitz
merce vos quer.
Dame, humble et sans ruse, votre serf faux-failli vous demande merci.
Mas Pretz, non Sobrans’, es tequitz:
don en vos er.
Mais Pretz et non Sobransa a crû: il sera donc en vous.