A : Studj, III, 95 C : MG, 361. D : — Dc : AdM, XIV, 200. I : MG, 623. K2 : — N° : Archiv, CII, 187 Ψ : Romania, LXVII, 507. R : -
Éditions & études
Choix, V, 413. MW, I, 80. A. Kolsen, Dichtungen, III, 231. RO, 115.
3. Etudes, commentaires...
RvO, 36 et 60. A. H. Schutz, MLN, LXVIII, 420. PAT, 184. Ch. Roth, 463 et 465.
Le manuscrit
Ms. A
· f° 36r
· Vat.lat.5232
— feuillet partagé avec XIX
Ms. A
· f° 36v
· Vat.lat.5232
— feuillet partagé avec XI, XVIII
1Entre gel e vent e fanc
2e giscl’e gibr’e tempesta
3e·l braus pensars que·m turmenta
4de ma bella dompna genta,
5m’an si mon cor vout en pantais
6c’ar vauc dretz e sempre biäis;
7cen ves sui lo jorn trist e gais.
Tant le gel que le vent et la fange et la pluie et le givre et la tempête, ainsi que les pensées obsédantes qui me tourmentent au sujet de ma gente Dame, [tout cela] m’a tellement troublé que maintenant je vais droit et aussitôt de travers; cent fois en une journée je suis triste et gai.
8E ges tres deniers no·m planc
9l’iverm. Anz m’o tenc a festa,
10ves, c’ai voluntat dolenta;
11car de mi donz la plus genta
12pos saup qu’en Trop-Amars nos trais
13cel’Amors que·m sol tener frais,
14o·l plaira que m’ai’o que·m lais.
Et certes, je ne me plains pas la valeur de trois deniers de l’hiver (ou: à cause de l’hiver). Au contraire, en ce qui me concerne, je me le considère comme une fête, vois-tu, d’avoir une volonté attristante; car de (ou: à propos de) ma Dame, qui est la plus noble, j’appris ensuite que cet Amor qui a coutume de me “tenir frère”, nous mena vers Trop-Amar, là où il lui plaira de m’avoir ou de m’abandonner.
15Dompn’ab cor cortes e franc,
16ar m’es pujat en la testa
17que sapcha que·us n’atalenta.
18Ai! douza res car’e genta!
19Per Dieu, no·s fraingna nostre jais!
20Sol remembre vos del douz bais!
21Ar o laissarai, s’ie·n dic mais.
Dame au coeur courtois et noble, maintenant il m’est venu en tête que je devrais savoir ce qui vous plaît en cette matière. Ah! douce chose, précieuse et gracieuse! Par Dieu, que ne se perde pas notre joie! Qu’il vous souvienne seulement du doux baiser! Maintenant, si j’en dis plus, je perdrai cela.
22Que sempre·m tornon l’oil blanc
23e·l cors, qu’est esglai mi presta,
24fail tro c’om la cara·m venta
25can mi soven, dompna genta,
26com era nostre jois verais
27tro lauzengiers crois e savais
28nos loigneron ab lor fals brais.
Car aussitôt mes yeux tournent blancs (= je montre le blanc de l’oeil) et mon coeur qui me donne cet effroi fait défaut jusqu’à ce qu’on m’évente le visage, quand je me souviens, gente Dame, comme notre joie était vraie jusqu’à ce que les lauzengier mauvais et méchants nous éloignèrent l’un de l’autre avec leurs fausses clameurs.
29Lauzengiers, ren non vos tanc!
30Qu’eu non sui d’aquella gesta,
31s’anc fui. Ves, Amors gauzenta ?
32E no i taing mais, Amors genta.
33Que s’amava cel que retrais
34so don me nais aquest esglais,
35no·il faria enog ni fais.
Lauzengier, je ne vous suis apparenté en rien! Car je ne suis pas de cette race, et jamais n’en fus. Vois-tu, Amor joyeux ? Et rien de plus ne m’est nécessaire, noble Amor. Car si celui qui raconta ce dont me naît cet effroi était amoureux, je ne lui ferais ni ennui ni “fardeau”.
36Que — si·m sal Dieus! — non aic anc
37que mos cors m’o amonesta,
38sor, cozina ni parenta
39s’amar volc de guiza genta,
40c’anc de mi s’i gardes ni·s tais.
41Qu’ie·n valria·ls Turcs par Roäis,
42d’amar se lor n’era en ais.
Car — qu’ainsi Dieu me sauve! — je n’eus jamais, c’est ce dont je me souviens, soeur ni cousine ni parente qui, si elle voulait aimer de noble façon, jamais se gardât de moi ou se tût. Car je vaudrais autant que les Turcs d’au-delà Edesse si, en matière d’aimer, je leur étais un empêchement.
43E, dompna, car tant m’estanc ?
44Qu’eu no·us veg, per als non resta
45mais tem — c’aisso·m n’espaventa -
46c’a vos fos dans, dompna genta.
47Mas mandatz mi per plans essais,
48per tal cobrir sol sapcha·l cais!
49Qu’eu irai lai de grant eslais.
Et, Dame, pourquoi est-ce que je reste si longtemps sans vous voir ? Cela ne cesse pas pour nulle autre raison que parce que je crains — car cela m’épouvante — que cela ne vous porte préjudice, gente Dame. Mais faites-moi venir pour une claire épreuve, avec une telle discrétion qu’uniquement la bouche le sache! Et j’irai là en toute hâte.
50Qu’ie·n pert la color e·l sanc,
51tal talent ai que·m devesta,
52c’ab vos fos ses vestimenta,
53aissi com etz la plus genta;
54que tan grans voluntatz m’en nais,
55qu’en un jorn-tan ben com no·m pais -
56en pert so que d’un mes engrais.
Car j’en perds la couleur et le sang, tel est le désir que j’ai de me dévêtir afin d’être sans vêtements avec vous, telle que vous êtes la plus gracieuse; et une si grande volonté m’en est venue, qu’en un jour — quelque bien que l’on me nourrisse — j’en perds ce que j’engraisse en un mois.
57Dompna, renovell nostre jais
58si·us platz; que viu, si be·m fas gais,
59ab manz durs doloiros pantais.
Dame, que notre joie se renouvelle, si cela vous plaît; car je vis, quoique je feigne d’être gai, avec maints durs et douloureux tourments.
60Joglar, vos avetz pro oimais
61et eu planc e sospir et ais.
Joglar, vous avez profit, aujourd’hui, et moi, plainte, soupirs et souci.