Raimbaut d'Orange

Les chansons

XXXI Ara·m platz, Giraut de Borneill,

Tradition manuscrite & éditions

Manuscrits

Da : — E2 : MG,336 N2 : Archiv,CII,191 R : MG,821

Éditions & études

C. Appel, Chrest.,126. H.J. Chaytor, Troub. of D.,33 A. Kolsen, Giraud de Bornelh,I,374. E. Lommatzsch, Prov. Liederbuch,66. J. Anglade, Anth.,74. J. Audiau et R. Lavaud, Anth.,191. HILL-BERGIN, Anth.,62. M.de Riquer, Lirica,I,160. RO,173. HAMLIN-RICKETTS-HATTAWAY, Intr.,133. NELLI-LAVAUD, Troub.,II,632 A. Press, Anth.,114. F. Piccolo, Primavera,83.

3. Etudes et commentaires...

C. Appel, Archiv,XCVII,187. RYO,30. J.J. Salvedra de Grave, Observ.,118. H. Kolb, Begriff der Minne,317. E. Kohler, Trobadorlyrik, passim. L. Pollmann, Trobar clus, passim. E. Vuolo, St.Med.,IV,607 PAT,146. A. Roncaglia, CN,XXXVIII,212.

Ara·m platz, Giraut de Borneill,

que sapcha per c’anatz blasman

trobar clus, ni per cal semblan.

Aiso·m digatz:

si tan prezatz

so que es a toz comunal,

car adonc tut seran egual

Maintenant il me plaît, Giraut de Bornelh, que je sache pourquoi vous allez blâmant le trobar clus et pour quelle raison. Dites-moi ceci: si vous prisez tellement ce qui est commun à tous, car alors tous seront égaux.

Seign’en Lignaura, no·m coreill

si qecs s’i trob’a son talan.

Mas eu son jujaire d’aitan

qu’es mais amatz

e plus prezatz

qui·l fa levet e venarsal:

e vos no m’o tornetz a mal.

Seigneur Linhaure, je ne me plains pas si chacun “trouve” à son gré. Mais je suis juge d’autant que si quelqu’un le fait facilement et de façon commune, il est plus aimé et plus prisé; et vous, ne me tournez pas cela à mal (= ne m’en veuillez pas pour cela).

Giraut, non voill qu’en tal trepeil

torn mos trobars, que ja ogan

lo lauzo·l bon — e·l pauc e·l gran.

Ja per los faz

non er lauzatz,

car non conoisson (ni lor cal)

so que plus car es ni mais val.

Giraut, je ne veux pas que ma poésie tourne (=tombe) en une telle confusion, car déjà maintenant les bons la louent, qu’ils soient petits ou grands. [Mais] jamais elle ne sera louée par les sots, car ils ne connaissent pas (et cela leur importe peu) ce qui est le plus précieux et ce qui vaut plus.

Linhaure, si per aiso veil

ni mon sojorn torn en affan

sembla que·m dopte del mazan.

A que trobatz

si non vos platz

c’ades o sapchon tal e cal ?

Que chanz non port’altre cabtal.

Linhaure, si je veille pour cela ou convertis mon confort en peine, il semble que je redoute le tumulte (des applaudissements). Pourquoi “trouvez-vous”, s’il ne vous plaît que le sachent aussitôt tous ? Car un chant ne rapporte pas d’autre profit.

Giraut, sol que·l miels appareil

e·l dig ades e·l trag’enan,

mi non cal sitot non s’espan.

C’anc granz viutaz

non fon denhtatz:

per so prez’om mais aur que sal,

e de tot chan es atretal.

Giraut, pourvu que je prépare ce qui est le mieux et que je le dise immédiatement et que je le mette en relief, il m’est indifférent si cela ne se répand aussitôt. Car jamais grande facilité ne fut chose rare: pour cette raison, on prise plus l’or que le sel, et de tout chant il en va de même.

marginal top-left “per o si m’ai Pb!! / cf. 305 n.5”

[[hand: marginal “VI” (circled)]]

Lingnaura, fort de bon conseill

etz fis amans contrarian,

e pero si·m val mais d’afan. [[hand: “pero si·m val” boxed; “?” in margin]]

mos sos levatz,

c’us enraumatz

lo·m deissazec e·l diga mal,

a cui om no·n deia sesal [[hand: arrow pointing to this line; “no·n deia sesal” underlined]]

Linhaure, vous êtes de fort bon conseil et un parfait amant argumentant, et cependant, si mon poème léger me vaut davantage de difficultés, qu’un enroué me le disloque et me le dise mal, de sorte qu’on ne lui doive pas de récompense.

[[hand: marginal “VII” (circled)]]

Giraut, per cel ni per soleil

ni per la clardat que resplan,

non sai de que·ns anam parlan,

ni don fui natz,

si soi torbatz.

Tan pes d’un fin joi natural

can d’als cossir, no m’es coral!

Giraut, par le ciel et par le soleil et par la clarté qui s’épand, je ne sais pas de quoi nous allons parlant ni d’où je suis né, tant je suis troublé. Je pense tellement à une noble joie naturelle que, quand je pense à autre chose, cela ne me vient pas du coeur!

[[hand: marginal “VIII” (circled)]]

Lingnaura, si·m gira·l vermeil

de l’escut cella cui reblan,

qu’eu voill dir “a Deu mi coman”!

Cals fols pensatz

outracuidatz

m’a mes doptansa deslial!

No·m soven com me fe comtal ?

Linhaure, celle que je requiers d’amour me tourne le côté vermeil de l’écu, de sorte que je veux dire: “Je me recommande à Dieu”! Quelle folle et outrecuidante pensée m’a apporté doute déloyal! Est-ce que je ne me souviens donc pas comment elle me fit comtal (= comment elle m’éleva à son rang)

[[hand: marginal “IX” (circled)]]

Giraut, greu m’es, per San Marsal,

car vos n’anatz de sai nadal.

Giraut, ce m’est désagréable, par Saint Martial, que vous vous en alliez d’ici à la nativité.

[[hand: marginal “X” (circled)]]

Lingnaura, que ves cort rial

m’en vauc ades ric e cabal

Linhaure, c’est que je m’en vais maintenant vers une cour royale, noble et puissante.

illegible marginal note at foot of column