A : Studj, III, 103 C : — Dc : AdM, XIV, 201. N : — N2 : Archiv, CII, 190. a : RLR, XIV, 150 + BA, 74.
Éditions & études
Choix, V, 414. MW, T, 79. RVO, 49. RO, 83.
3. Etudes, commentaires...
K. Lewent, ZFSL, LII, 158-60. J. Bourciez, RLR, LXXI, 389. PAT, 181. Ch. Roth, 465.
Le manuscrit
Ms. A
· f° 38v
· Vat.lat.5232
— feuillet partagé avec XXVII
1Un vers farai de tal mena
2on vuelh que mos sens paresca.
3Mas tant ai ric’entendensa
4que tostz n’estauc en bistensa
5que no posca complir mon gaug;
6ans tem c’un sol jorm no·n viva
7tant es mos desirs del fait lonh.
Je ferai un vers de telle manière que mon intention apparaisse où je [le] veux. Mais j’ai si haute aspiration qu’aussitôt je me mets à douter de pouvoir accomplir ma joie. Au contraire, je crains qu’elle n’en puisse survivre un seul jour, étant donné que mon désir est tellement éloigné du fait (= de son accomplissement ?)
8Qu’ins en mon cor me semena
9us volers, e crey que·y cresca
10d’Amors que·y met tal creyssensa
11que d’als non ai sovinensa,
12ni res qu’ieu aya no·m fa gaug;
13ans lays, e mos cors esquiva,
14autre joy que d’al non ay sonh
Car dedans mon coeur s’ensemence une volonté et je crois qu’elle y croît par Amors qui lui donne une telle croissance que je n’ai souvenance de rien d’autre et que chose que je possède ne me donne aucune joie. Au contraire, j’abandonne toute autre joie et mon coeur la fuit, car je n’ai cure d’autre chose.
15Pero si·n sofr’ieu gran pena
16qu’ins en mon cor sal e tresca
17qu’anc hom per belha parvensa
18non trays tan greu penedensa.
19Mas non ai per qu’ieu n’aya gaug,
20quar us volers m’en abriva
21e·m ditz qu’en altre joy non ponh.
Pour cela, j’en souffre certes grande peine qui dedans mon coeur saute et danse, car jamais personne ne supporta pénitence aussi dure à cause d’une belle apparence. Mais je ne possède rien dont je puisse avoir de la joie, car un désir m’en presse et me dit de ne pas rechercher d’autre joie.
22Ben m’a nafrat en tal vena
23est’amors qu’era·m refresca,
24don nul metges de Proensa
25nadius no·m pot far guirensa
26ni mezina que·m fassa gaug;
27ni ja non er hom qu’escriva
28lo greu mal qu’ins el cor m’es conh
Bien m’a blessé en une telle veine cet amour qui maintenant me renouvelle et dont aucun médecin natif de Provence ne peut me donner guérison ni médecine qui puisse me rendre gai; certes, il n’y aura jamais personne qui puisse écrire le mal qui m’est un coin [enfoncé] dans le coeur.
29Qu’Amors m’a mes tal cadena
30plus doussa que mel de bresca;
31quan mos pessars en comensa,
32pus pes que·l dezirs m’en vensa.
33Don, per que torn mon plor en gaug
34e vau quo fai res pensiva ? -
35Quar non aus mostrar mon bezonh.
Car Amors m’a mis telle chaîne, plus douce que miel de rayon de miel; quand je commence à y penser, je crois ensuite que le désir [que j’en ai] me vainc. Alors, pourquoi est-ce que j’échange mes pleurs pour de la joie et pourquoi vais-je comme chose pensive ? C’est parce que je n’ose pas montrer mon besoin.
36Ben ai ma voluntat plena
37de tal sen que s’entrebesca;
38e cuig que m’aia tenensa,
39car nuls hom mais per plivensa
40non estet en aitan gran gaug!
41Domna, si·m fossetz aiziva,
42tost saubra s’en fol m’en peronh.
J’ai ma volonté bien pleine de tel sens qu’elle en devient confuse; et je m’imagine qu’elle me tient en dépendance, car aucun homme ne fut en aussi grande joie uniquement à cause d’une promesse (= tout en n’ayant rien de plus qu’une promesse)! Dame, si vous m’étiez accueillante, aussitôt je saurais si je m’en glorifie comme un fou.
43Mas ill non sap qual estrena
44m’a dada ni cum m’adesca.
45Quar tant sos pretz sobregensa
46qu’il no cre que per temensa
47auzes ges de lei aver gaug;
48qu’ill es tant nomenativa,
49tem, si·l o dic, no me vergonh.
Mais elle ne sait pas quel présent elle m’a donné ni comment elle m’amorce. Car son Pretz resplendit de façon si éclatante qu’elle ne croit pas que j’eusse jamais osé avoir joie d’elle, à cause de mon respect; car elle est tellement renommée que je crains, si je le lui dis, qu’elle ne me couvre de honte.
50Mas ben grans talans afrena
51mon cor, que ses aiga pesca.
52Pus no·ill o puesc a prezensa
53dir, Dieus l’en don entendensa
54a lieys, tal que me torn en gaug!
55Que·l vers farai (que·m caliva)
56dir a lieys a cuy Pretz se jonh.
Mais un bien grand désir réfrène mon coeur qui pêche sans eau. Puisque je ne puis le lui dire ouvertement, que Dieu lui en donne entendement, de telle sorte qu’elle puisse me restaurer ma joie! Car je ferai dire ce vers qui me brûle à celle à qui Pretz se joint.
57Ricx hom suy si l’enten en gaug,
58mas ieu no sai per que·m viva
59si l’enten e pueys non a sonh.
Je suis un homme puissant si elle le comprend en joie, mais je ne sais pourquoi vivre si elle le comprend et n’en a cure ensuite.
60Non entendrai mo mal en gaug?
61Que·l Bos Respieg vol qu’ieu viva
62e·l mal m’estra don non ai sonh
Est-ce que je ne prendrai pas mon mal en joie ? Car Bos Respieg veut que je vive et m’enlève le mal dont je n’ai cure.