Raimbaut d'Orange
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Chanson XXII

Ben sai c'a sels seria fer

pp. 245–255

CHANSON XXII : REMARQUES

v.16

Là où Carl Appel voit en ce vers une question et traduit temer par “craindre”,1 Walter T. Pattison en fait une relative auprès de lieis, ce qui nous semble en effet plus approprié — et donne à l’infinitif la valeur “technique” qu’il peut avoir dans le vocabulaire amoureux2 de “to be afraid of revealing one’s passion to other people”, de là “to conceal one’s love”.3 Le problème se pose alors au v.18, bien sûr, où le poète affirme q’ieu no i faz ges feignien semblan (“so, that I never disguise my face in such a case”). Ainsi, on aurait ici deux affirmations successives, se contredisant formellement l’une l’autre : dans la première l’amant dirait qu’il s’efforce de cacher (temer) son amour, dans la seconde il déclare qu’il lui est agréable (Bo’m sap, v.17) de ne pas cacher ses sentiments ! D’autre part, et cela ne fait qu’ajouter à la confusion, dans la strophe II, le poète répond à la question implicite qu’il posait au début de son poème : pourquoi est-ce que je chante si souvent ? Non pas pour de l’argent (vv.1-3), et ma Dame le sait bien (vv. 4-7), mais bien parce que mon chant me procure un autre plazer (v.8) dans la mesure où chaque fois que je chante, je nomme ma Dame, ce que je serais incapable de faire normalement, auzen totz (v.11). Remarquons, entre parenthèses, que Pattison évite soigneusement le problème que pose ce verbe nommar, en restant fort vague dans sa traduction.4 Ce qui lui permet, par ailleurs, tirant parti de cette ambiguïté, d’affirmer à propos du v.18 que le poète peut parfaitement montrer sa joie “on hearing the poem without revealing the subject of his love, since she is not named therein”.5 Passons sur le fait qu’au v.18 il ne s’agit pas d’entendre le poème dit par un autre (c’est là le sujet de la strophe II) mais bien de questions directes concernant la Dame qi de Midonz m’enquieir. Ce n’est pas cela qui importe, mais bien la façon dont on interprète nommar: pour Pattison, la Dame n’est pas nommée dans le poème — mais sa traduction des vv.10-11 est très peu claire à ce sujet — ce qui lui permet de traduire temer par ‘cacher ses sentiments’ et d’éviter toute contradiction entre les vv.15-16 et 17-19. En ce qui nous concerne, nous croyons mieux respecter la syntaxe du texte en traduisant les vv.10-11 par ‘car je ne peux pas la nommer pendant que tous écoutent, aussi souvent (que je ne le fais) en chantant’,6 ce qui introduit la contradiction dont il était question plus haut, et rendrait d’ailleurs caduque l’argumentation de Pattison qui est cependant en accord avec tout ce que nous savons concernant l’idéologie courtoise.7

La difficulté provient, pensons-nous, de la transparence — apparente! — du terme nommar. Ce verbe signifie en effet ‘nommer, donner un nom’,8 mais pas nécessairement. C’est ce que montre bien l’exemple suivant qui différencie nettement le champ sémantique de nommar, apellar et aver nom:

Dans ces vers de Raimon Feraud, il est clair que nommar ne signifie pas “nommer, donner un nom”, puisque pour cela il emploie le syntagme aver nom. Ainsi, si Raimbaut dit que dans son poème il “nomme” sa Dame, il ne faut pas nécessairement en conclure qu’il y dévoile son nom, ce qui serait, nous le répétons, une infraction majeure au code de la fin’amor. En fait, le verbe nommar signifie également, à côté de son sens premier, “dire, faire savoir quelque chose”,9 et le nous donne d’autre part une forme renomar (dont on trouve par ailleurs l’équivalent en ancien français10) qui a le sens de “parler défavorablement de”.11 Connaissant la valeur e.a. dépréciative du préfixe RE-, il n’est dès lors pas impossible de postuler un verbe simple nommar, avec le sens de “parler favorablement de”,12 d’autant plus que l’infinitif passé du verbe signifie en ancien français (et en occitan13) très régulièrement “renommé” et que l’on trouve aussi, toujours en ancien français, le sens de “jem.bezeichnen, berühmt machen”.14

*El temps antic un jaysans fom savis c’Apollo avia nom, c’era filosofo nomatz e per alcuns dieus apellatz*15

En somme, tout tourne en effet autour du problème de la discrétion, dont nous avons ici une utilisation pour le moins subtile. Lorsque Raimbaut affirme que ses poèmes lui permettent de nommar sa Dame, il ne songe pas un seul instant à transgresser les lois de la courtoisie: il s’agit uniquement de chanter ses louanges, de la faire connaître à travers cette représentation idéale qu’en est le poème,16 de rehausser et de répandre son pretz.17 De là aussi que son propre plazer augmente à chaque fois que son chant se répète (vv.12-16), de là que sa joie est manifeste lorsqu’on lui parle de celle qu’il chante (vv.17-19). Dans cette optique, il n’est nullement nécessaire de traduire temer par ‘cacher’ comme le fait Pattison. Le poète n’a rien à cacher, au contraire. Dans la mesure où il aime courtoisement, il a le devoir de chanter sa Dame, de nommar, c’est-à-dire de “faire la renommée” de celle qui est au centre de ses pensées. Et si notre analyse est vraie, se temer de peut très bien se traduire par ‘besorgt sein um’.18 Ce qui ferait de la phrase lieis don me volh temer un quasi-synonyme de cug tener Dieu (vv.15-16), Dieu et la Dame étant de la sorte presque assimilés l’un à l’autre.19

vv.20-24

Texte et traduction de Pattison: “Neus de lai/ On no’s fai/ noms, me trair/ Qant diretz de lieis tal plazer/ — Cossi’us n’era datz gran avers: Even in the case where the name is not mentioned, all that you say of her brings me such pleasure — as if great wealth were given to you”.20 Contrairement à Carl Appel et à Kurt Lewent,21 Pattison suit fidèlement la tradition manuscrite,22 si ce n’est en deux occasions: là où il émende nos en noms et là où il scinde metrai en me trai.

Si ces corrections mineures peuvent en effet être facilement acceptées, il est cependant plus difficile de suivre Pattison dans ses interprétations et traductions. Remarquons, d’abord, que lorsqu’il traduit de lai on... par ‘in the case where...’, il néglige le sens locatif habituel de la locution.23 Ceci étant amené par le fait qu’ayant émendé nos en noms, il se sent obligé — de par son interprétation précédente (nommar...) — d’affirmer que le “nom” de la Dame n’est en aucun cas donné: “If her name were not mentioned, he could not openly show his delight. But even when the name is not spoken, he gets immense pleasure on being reminded of her”.24 Toutefois, ce refus d’y voir un sens locatif entraîne sa traduction de se faire par ‘parler, dire’. Or, Pattison lui-même est le premier à reconnaître que dans un tel cas le verbe requiert un sujet personnel et s’emploie, en outre, dans une incise, d’où sa remarque: “I admit that my rendering of the passage presupposes that Raimbaut took a slight liberty in usage here”.25 Dans ces conditions-là, pourquoi ne pas traduire se faire par ‘entstehen, wachsen’ ou ‘sich (zu etw.) machen, werden’?26 Ce qui nous donnerait, en gardant le sens premier de lai: ‘Même là où son nom ne croît pas...’. Quant à la forme verbale trai, il s’agit pour Pattison, d’une troisième personne dont le sujet est toute la proposition qui suit: quant diretz...; l’objet en est tal plazer, tandis que me a la valeur d’un complément d’objet indirect. Il n’y aurait pas grand-chose à redire à cette lecture, si ce n’est la concordance des temps (traidiretz) assez peu logique et complètement passée sous silence par Pattison dans sa traduction. Partant du sens locatif que nous croyons devoir conserver aux vv.20-21, nous pourrions considérer me trai comme une première personne de se traire. eine Richtung nehmen, sich begeben,27 donner à qant une valeur hypothétique28 et à ce moment-là, le futur diretz ne pose plus aucun problème étant donné qu’il équivaudrait alors, sans nul doute possible, à un présent.29 Dès lors, nous aurions la traduction suivante: ‘Je me rends même là où son nom ne croît pas, si vous me dites d’elle tal plazer comme si grand bien vous en était donné’.

Cette hypothèse pourrait en effet être satisfaisante, si ce n’était le mot plazer. On peut en effet aisément concevoir que l’amant aime qu’on vienne lui poser des questions concernant sa Dame (vv.17-18) et que sa joie croisse lorsqu’il en entend parler (v.19). Toutefois, dans le vocabulaire courtois, plazer signifie habituellement “le bonheur ou le plaisir, et notamment celui qui, venant de l’amour, inspire le poète-amoureux” ou encore “les plaisirs d’amour et les faveurs reçues de la Dame”.30 On avouera qu’il devient difficile d’admettre que le poète puisse dire qu’il lui plaît d’entendre évoquer par d’autres ce qu’il recherche lui-même! D’autre part, et cela nous semble une objection de taille, comment peut-on affirmer, à la fois, que le nom de la Dame ne ‘croît’ pas (et pour qu’il croisse il faut qu’on en parle) et que d’autres l’évoquent au point que le poète en ait du plazer (dans l’interprétation de Pattison) ou bien qu’ils mentionnent le plazer qu’ils en ont eu eux-mêmes (dans notre hypothèse)!

Force nous est de remettre en cause nos propres hypothèses. Outre les significations déjà citées, se faire peut également se traduire par ‘sich begeben, gehen, treten’.31 Quant à plazer, on peut en faire l’objet non de me trair, mais bien de metrai, futur de metre, ce qui a l’avantage de respecter totalement le ms..32 Qant a sa valeur temporelle et non plus hypothétique et dirai reste au futur. De là notre nouvelle traduction pour les vv.20-24: ‘Même là où son nom (=ma Dame) ne va point, je mettrai (=j’aurai) un tel plaisir, lorsque vous parlerez d’elle, comme si grandes richesses vous était données’. En d’autres termes, le lieu d’où la Dame est absente, deviendra lieu de plazer pour l’amant, pour autant qu’on lui parle d’elle.

vv.28-30

Traduction de Pattison: “... nor it is fitting that I should be in dismay here below”.33 Cette interprétation ne nous paraît pas acceptable, dans la mesure où elle requiert de toute façon un subjonctif, alors que for(a) est indubitablement un conditionnel II d’esen.34 Pour cette raison, il vaut mieux s’en tenir à l’interprétation de Carl Appel qui, sans s’écarter sensiblement — quant au contenu — de celle de Pattison, offre l’avantage de respecter les faits grammaticaux et syntaxiques: “Und das darf auch nicht sein, denn in Verzweifelung würde ich hier zurückbleiben”.35

v.39

La tradition manuscrite est évidemment corrompue à cet endroit: doncs mon cor ab jauzen ver (C); donc mon jauzen ver (E); anz donc mon gran ben gauzen ver (a). Si Pattison a certainement raison de préférer à la lectio facilior de a,36 la reconstruction qu’il donne (donx mon gran ben ab jauzen ver), il n’en demeure pas moins que sa traduction nous semble fort peu satisfaisante: “Shall I conceal then my great good and its joyous truth ?”.37 Sans doute, elle est logique. Mais c’est à notre sens justement par là qu’elle pèche, d’autant qu’elle ne respecte pas le texte (ab !). Nous traduirions, littéralement, ‘Couvrirais-je donc mon grand bien avec vérité joyeuse ?’ Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a ici aucune contradiction, dans la mesure où, de par ses exagérations-mêmes, cette chanson est en partie une espèce de gap,38 une plaisanterie. Ce jauzen ver nous semble en effet désigner très exactement les procédés employés dans ce texte: le poète ne travestit pas la vérité (v.17), il ne ment pas (voir aussi les str.VII-IX), il la donne -en effet- en riant, de sorte que du fait même elle est cachée. On a là, pour ainsi dire, une définition rigoureusement exacte du procédé qui lui a fait employer le terme nommar tout en ne “nommant” (=donner le nom) jamais sa Dame!

V.54

Pattison a sans aucun doute raison de supposer que trai puisse être un substantif analogue à l’ancien français trait, ayant par conséquent le sens de ‘durée, longueur de temps’.39 Il n’en demeure pas moins que s’il faut traduire i a trai par ‘for a while’, comme il le suggère, on se heurte à quelques problèmes. Pattison donne une traduction satisfaisante, il est vrai, mais pour ce faire il est obligé de faire violence au texte, en rendant par (v.56) par une forme du passé, alors qu’il s’agit indubitablement d’un indicatif présent: “And the truly courteous are accused because, for a while, that one who has the appearance without real strength of noble virtue has seemed courteous, even if it is not so”.40 D’autre part, et la chose ne nous semble pas sans importance, à lire ce vers de cette façon, il introduit un hiatus pour le moins gênant (i/a) qui allonge indûment le vers d’une syllabe.

Pour notre part, nous préférons l’interprétation de Kurt Lewent qui voit en trai une troisième personne de l’indicatif présent de trahir.41 Bien sûr, on pourrait faire la remarque que dans ce cas on aurait une forme dissyllabique (traï) aussi inadmissible du point de vue de la versification que l’hiatus i/a. On sait toutefois combien la conjugaison de trahir fut influencée par celle de traire, tant et si bien qu’une forme trai monosyllabique n’est certes pas à exclure dans ce cas-ci.42 Toujours selon Kurt Lewent, a semblan est une forme adverbiale (analogue à per semblan auprès de par, alors que pour Pattison cet a est une forme d’aver. Finalement, i a trai est lu ia trai, ce qui nous évite également l’hiatus signalé plus haut.43

CHANSON XXII : TEXTE ET TRADUCTION

Ben sai c’a sels seria fer que·m blasmon qar tan soven chan si lor costavon mei chantar. Meils m’estai, 5. pos lei plai que·m te jai qu’ieu no chant mia per aver: qu’ieu n’enten en autre plazer. E per als m’en cug plus anquer: 10. quar tan soven com en chantan no la puesc auzen totz nommar! E pueis ai tan gran jai quan quex brai 15. so qu’ieu dic, c’adonx cug tener Dieu o lieis don me volh temer! Bo·m sap qi de Midonz m’enquier, q’ieu no i faz ges feignien semblan. E creis m’en gaugz cant n’aug parlar. 20. Neus de lai on no·s fai no(m)s, metrai, quant diretz de lieis, tal plazer, cossi·us n’era datz grans aver. 25. Gran esfort fai Dieus, qar sofer c’ab si no la’n pueja baizan ! Mas no·m vol tolre ni tort far. Ni s’eschai, qu’en esmai 30. for’ieu sai. Mas lieis no pren, no·m cal temer que ja autr’ill plassa tener.

Je sais bien qu’à ceux-là ce serait désagréable — à ceux qui me blâment car je chante si souvent — si mon chant leur coûtait [ de l’argent ]. Il me convient mieux, puisque cela plaît à celle qui me tient gai, de ne pas chanter du tout pour de l’argent: car j’aspire à un autre plaisir.

Et pour une autre raison je m’en soucie encore davantage: car je ne peux pas faire sa renommée pendant que tous écoutent (=devant tous) aussi souvent que je ne le fais en chantant! Et puis j’ai une si grande joie quand chacun crie ce que je dis, qu’alors je crois tenir Dieu ou celle dont je veux me soucier!

Il m’est agréable celui qui de Midonz s’enquiert auprès de moi, de sorte que je ne lui fais certes pas d’apparence trompeuse. Et ma joie s’en exalte quand j’entends parler d’elle. Et même là où ma Dame ne se rend point (=n’est point ?) je mettrai (=j’aurai ?) un tel plaisir, quand vous me parlerez d’elle comme si grandes richesses vous étaient données.

Dieu fait un grand effort car Il supporte de ne pas la hisser jusqu’à lui en la baisant! Mais il ne veut pas me la prendre ni me faire du tort. Et cela ne convient pas [ qu’Il la prenne ], car je serais ici-bas en grand découragement. Mais, puisqu’Il ne la prend pas, je n’ai nul besoin de craindre qu’il Lui plaise jamais d’en tenir une autre.

Si ben en amar leis m’esmer, qu’ieu sai, que si pel mon s’espan, 35. c’autras m’en faran faiturar. Don m’esglai. Qu’en farai ? Cobrirai donx mon gran ben ab jauzen ver ? 40. Oc! Si n’era mieus lo poder! Mas tostems fo e tostems er que grans amors no te guaran. Grans meravillas son d’amar! Que·n dirai 45. s’Amors chai qar van bai ? Ai las! Ja no m’o lais vezer sel Dieus que·m n’a datz jauzen ser! C’aisi tiron ves man esquer 50. sill ric que plus cortes se fan c’ades ponhon en lauzenjar. E·ill verai son en plai quar ia trai 55. sel c’a semblan, sen ferm poder, par cortes, si nonca s’es ver. Dona, vostre domini ser crezetz me, qu’ie·us am ses engan, e membre·us plus que l’encusar 60. li dous bai... Ar morrai si dic mai! Ai! Co·m fail quan pes del dous ser lo sens e l’auzir e·l vezer! 65. Quan la candela·m fetz vezer vos baizan rizen, a! cal ser! Joglar, ades mati e ser me tira·l cors vostre vezer!

J’excelle tellement dans l’amour que j’ai pour elle, que je sais que si cela se répand de par le monde, les autres dames useront de leurs charmes sur moi. Ce dont je m’effraie. Que ferais-je ? Est-ce que je recouvrirai donc mon grand bien et ma joyeuse vérité (mon...bien avec...) ? Oui! Si le pouvoir en était le mien!

Mais il fut tout le temps et il sera tout le temps que grand amour ne connaît juste mesure. Grandes merveilles résultent d’amour ! Qu’en dirais-je si Amor décline car les baisers s’en vont ? Hélas! Que ce Dieu qui m’a donné un joyeuse soirée ne me laisse jamais voir cela!

Car ils tirent ainsi vers la main gauche, ces riches qui se font plus courtois, que maintenant ils s’élancent dans la calomnie. Et les vrais [ courtois ] sont mis en accusation, car il nuit déjà, celui qui, en apparence, et sans ferme pouvoir, semble courtois, même si ce n’est pas vrai du tout.

Dame, croyez que je suis votre serf seigneurial, car je vous aime sans ruse et souvenez-vous, plus que de l’accusation, du doux baiser... Maintenant, j’en mourrai si je dis davantage! Ah! Comme me font défaut le sens et l’ouïe et la vue, quand je pense au doux soir !

Quand la chandelle me fit vous voir, baisant, riant, ah! quel soir!

Joglar, maintenant, soir et matin, votre vue me tiraille le corps!